Venezuela : tout puissant, Maduro vise sa réélection

L’actuel président vénézuélien Nicolas Maduro est en passe de briguer un second mandat le 20 mai 2018 face à une opposition en ordre dispersé. Depuis 2013, l’homme politique a peu à peu annihilé toute forme de dissidence dans le pays, en proie à une grave crise économique.

Nicolas Maduro vise une réélection à dix millions de voix : le score serait historique mais peu probable. Le chiffre tient d’ailleurs plus du slogan politique que d’un réel objectif électoral. Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 jusqu’à son décès en 2013, initiateur de la « révolution bolivarienne », avait au plus fort de sa popularité rassemblé 7,2 millions de Vénézuéliens en 2012. L’actuel président capitalise encore sur la base électorale de son prédécesseur, restée fidèle à celui qui avait multiplié des programmes sociaux pour les pauvres. Mais un large pan des électeurs a été déçu par une situation économique qui vire à la catastrophe depuis 2013.

« Candidat de la faim », c’est ainsi qu’est surnommé Nicolas Maduro par Henri Falcon, le candidat évangéliste, qui souhaite capitaliser sur un vote sanction. Le Venezuela s’est en effet enfoncé dans une très grave crise économique avec une inflation qui devrait attendre 13 000% cette année selon le FMI. Au quotidien, cela se traduit notamment par des pénuries alimentaires et de médicaments. La chute de la production de brut a conduit à l’écroulement des revenus du pays car le pétrole représente la quasi‐totalité des exportations. « Le pouvoir de Maduro est beaucoup moins redistributif que celui de Chavez mais le Venezuela a aujourd’hui très peu de ressources », observe Thomas Posado, docteur en science politique, spécialiste du Venezuela à Paris VIII.  A la crise économique s’est ajouté le drame humain : environ 1,6 million de Vénézuéliens vivaient à l’étranger en 2017 contre 700 000 en 2015.

« Dérive autoritaire »       

Face à cette crise économique, Nicolas Maduro a utilisé toute sorte d’artifices pour garder le pouvoir. Le président a démantelé peu à peu la Constitution de 1999 à laquelle il avait contribué. En décembre 2015, Nicolas Maduro a reconnu sa défaite électorale après que l’opposition a remporté les élections législatives. L’Assemblée devient alors la seule institution qui échappe aux chavistes, et se trouve aussitôt privée de ses prérogatives. Depuis janvier 2016, la Cour suprême annule toutes les décisions adoptées par les députés. Le 17 avril dernier, le Parlement vénézuélien a autorisé l’ouverture d‘un procès pour corruption contre le président, un vote symbolique. « La dérive autoritaire de Maduro est assez nette », confirme Thomas Posado.

L’élection du 20 mai prochain est organisée alors même qu’une Assemblée constituante est toujours ouverte et cet organe supra‐constitutionnel peut changer les règles. Le 31 juillet 2017, une Assemblée nationale constituante, composée de chavistes, a repris les prérogatives du Parlement. L’organe a aussitôt limogé la procureure Luisa Ortega, devenue opposante numéro 1 à Maduro. A cette même époque, en quatre mois, des manifestations antigouvernementales réclamant le départ du président ont fait plus de 120 morts..

Nouvel appel au boycott

L’élection présidentielle ne devrait être, sauf surprise, qu’une simple formalité pour le président sortant. « Nicolas Maduro est obligé d’organiser ces élections car il veut préserver une apparence de légitimité démocratique », analyse le chercheur Thomas Posado. L’opposition a, une fois de plus, décidé de boycotter le scrutin jetant le discrédit sur cette élection qui se déroule généralement en décembre, et qui a été avancée au 22 avril 2018 avant d’être fixée au 20 mai. L’opposition a donc été prise de court. Lors des élections régionales, seuls cinq gouverneurs d’opposition ont été élus. Les élections municipales de décembre 2017 ont aussi conforté les chavistes qui ont revendiqué plus de 300 mairies sur les 335 en lice. Les États‐Unis, l’UE et une grande partie Amérique latine rejettent le scrutin qu’ils n’estiment « ni démocratique, ni libre, ni transparent ». L’Union a prévenu qu’elle pourrait imposer de nouvelles sanctions en cas d’atteinte aux droits de l’Homme. Des prises de positions qui alimentent le discours anti‐impéraliste et anti‐colonial de Nicolas Maduro, encore soutenu par la Russie et la Chine.

Nicolas Maduro se maintient au pouvoir en déjouant tous les pronostics. L’ancien chauffeur de bus a gravi les échelons petit à petit, sans bénéficier de l’aura de Chavez. Ancien syndicaliste, il est élu député dès 1999 puis nommé ministre des Affaires étrangères en 2006.  « C’est un homme qui n’a jamais bénéficié de conjoncture économique favorable ni d’une majorité large, explique Thomas Posado. Il bénéficie d’un charisme et d’une capacité à s’imposer plus faible que son prédécesseur. » L’ancien « dauphin » de Hugo Chavez a été élu président de justesse avec 50,6% des voix après un scrutin contesté. Celui qui était vice‐président a prêté serment alors même qu’il assurait l’intérim de Hugo Chavez, en fin de vie.

Illustration : Nicolas Maduro a estimé que la “présidentielle sera un succès malgré les persécutions de Washington” dans un entretien à France 24 le 16 mai. © Agencia de Noticias ANDES / Flickr