Crédit : Ludovic Marin/AP

Banlieues : « pas de plan » pour Macron mais une « philosophie d’action »

Emmanuel Macron a détaillé, mardi 22 mai 2018, sa « méthode » d’action pour les banlieues : quelques mesures annoncées qui cochent très peu de cases du plan Borloo proposé en avril.

C’est désormais officiel : il n’y aura pas de plan banlieue pour Emmanuel Macron. Plusieurs centaines d’élus locaux, entrepreneurs, responsables associatifs et habitants de quartiers populaires étaient réunis, mardi 22 mai, à l’Elysée pour entendre son arbitrage sur le « plan Borloo » qu’ils plébiscitaient. Mandaté par Emmanuel Macron lui‐même, Jean‐Louis Borloo avait rendu le 26 avril son rapport, intitulé « Vivre ensemble, vivre grand ». Sur 164 pages, il y avait consigné 19 propositions ambitieuses pour les banlieues françaises Mais de ce plan Borloo, il aura finalement été très peu question pendant les deux heures de discours du président.

Assis au premier rang, l’ancien ministre a assisté à l’enterrement de son plan, et même du plan en tant que concept. « C’est une stratégie aussi vieille que moi », a fustigé Emmanuel Macron tout en rappelant les nombreux plans banlieue de ses prédécesseurs. « Aujourd’hui poursuivre dans cette logique, c’est poursuivre dans une politique de clientélisme. Je n’y crois pas », a‐t‐il insisté. A ces plans répétés, le président a préféré une toute autre « méthode », basée sur une « mobilisation générale et un travail en commun » avec tous les acteurs sur le terrain. Une philosophie qu’Emmanuel Macron a martelée pendant tout son discours, s’adressant aux élus et aux associations présents dans la salle et louant leur énergie. Sans ne quasiment plus mentionner le plan réalisé par Jean‐Louis Borloo, il a détaillé ses mesures qui, a‐t‐il insisté, doivent être réalisées en « co‐construction » avec les acteurs locaux.

  • Un plan de lutte contre le trafic de drogue

Emmanuel Macron a particulièrement mis l’accent sur le volet sécurité. Il a annoncé le lancement d’un plan de lutte contre le trafic de drogue pour juillet 2018. « On a perdu la bataille du trafic dans de nombreuses cités », a‐t‐il dénoncé, citant les incidents survenus à Marseille, la veille, où des policiers ont été pris pour cible par des hommes cagoulés.

Dans soixante des quartiers les plus sensibles, 1300 policiers supplémentaires seront également déployés d’ici 2020, dans la logique de la police de sécurité du quotidien, plus proche du terrain.  Pour renforcer le dialogue entre les différentes instances locales, un partenariat sera noué entre les maires et les préfets : les élus locaux seront désormais informés sur les fichés S les plus à risque présents sur leur commune.

Mantra de son discours, Emmanuel Macron en a aussi appelé aux citoyens des quartiers : « Nous devons construire une société de la vigilance. Chacun est acteur de la lutte contre les violences et les dérives. »

  • Création d’une Agence nationale de cohésion des territoires

S’il a assuré le maintien de l’Agence nationale de rénovation urbaine, le président a annoncé la création d’une Agence nationale de cohésion des territoires. Elle « permettrait de mobiliser les financements publics […] dans les quartiers comme dans les zones rurales » pour rénover les bâtiments vétustes. Il a en effet insisté sur la nécessité de ne plus « opposer les territoires », prônant une vision globale et une coopération des acteurs, de la métropole aux espaces ruraux.

  • 30 000 places de stages pour les élèves de troisième

« L’école et la petite enfance, c’est le début de la bataille », a‐t‐il ensuite martelé. Les efforts devront se concentrer de la crèche à l’enseignement supérieur, pour permettre, selon sa formule, aux citoyens des quartiers d’obtenir des « droits réels ». Deux chiffres sont annoncés : 30 000 places de crèches supplémentaires et 30 000 places de stages pour les élèves de troisième des banlieues ouvertes d’ici septembre (15 000 par l’Etat, 15 000 par les entreprises). « Le stage de troisième a été pensé comme un objet accessoire, marginal. Il est devenu une obsession pour ceux qui, dans les quartiers, ne peuvent pas l’obtenir », a lancé Emmanuel Macron qui veut que ce premier passage en entreprise ne cristallise plus les inégalités.

  • Des « testing » anti‐discrimination  

Les acteurs économiques devront également « prendre leur part » dans cette mobilisation collective qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux : 120 des plus grandes entreprises françaises seront réunies en juillet à l’Elysée pour parler de leur rôle dans la lutte contre le chômage dans les quartiers populaires. Le chef de l’Etat a également annoncé des « testing » anti‐discrimination dans ces entreprises.

Le président Emmanuel Macron s’est exprimé , le 22 mai, devant 400 acteurs locaux à l’Elysée sur le plan banlieue. Crédit : Ludovic Marin/AP