Zuckerberg au Parlement européen : esquives et redites

Le mardi 22 mai à 18h20, Mark Zuckerberg a donné au Parlement européen des justifications peu rassurantes sur la protection des données personnelles.

“Pensez à la façon dont on se souviendra de vous quand vous serez mort. Voulez‐vous être le génie, créateur du monstre qui aura détruit la démocratie ?”. C’est une des questions qui ont été posées à Mark Zuckerberg par les députés européens, mardi 22 mai à 18h. Tout est très formel, le PDG s’excuse, élude une partie des questions et promet de garantir sécurité, transparence et contrôle pour les utilisateurs.

Il auditionnait devant le Parlement européen, à Bruxelles, quelques jours avant l’entrée en vigueur du RGPD, le Règlement général sur la protection des données personnelles en Europe. Le PDG de Facebook a répondu positivement à une invitation pour défendre le réseau social face à la défiance qui le vise depuis le mois dernier.

“Des erreurs ont été commises”

L’intervention aura duré environ 1h30. C’est Mark Zuckerberg lui‐même, peu loquace, qui réclame la fin de l’audience, “ne souhaitant pas dépasser du temps qui lui était accordé “. Les députés sont préparés, ils font face à un mur. “Je vous ai posé six questions simples, auxquelles vous pouviez répondre par oui ou par non,  s’indigne un des députés. Vous n’avez répondu à aucune d’entre elles

Pour compenser ses silences, Mark Zuckerberg a promis de répondre à toutes les questions dans les jours à venir, mais par écrit cette fois. Et pour cause, pendant l’audition, il s’est vu adresser une série d’interminables interrogations, pendant 40 minutes, avant de pouvoir reprendre la parole.

Comme à chaque fois qu’un scandale touche Facebook, il s’est “excusé”, a “admis que des erreurs avaient été commises”. Face à lui, dès la première prise de parole, on le somme “d’agir”, que “s’excuser et une chose bonne mais indispensable”. L’entrevue prend des airs de procès.

Cependant, il a annoncé que Facebook prévoyait de coller “strictement au nouveau règlement général en vigueur vendredi 25 mai”, et qu’une “grosse équipe” travaillait pour s’assurer que ce serait le cas. Et si les nouvelles conditions d’utilisation de Facebook  ont déjà envahi nos comptes, il est également presque inévitable de les accepter. “Nous avons déjà mis en place ce règlement depuis longtemps. Il était jusqu’alors possible de ne pas se préoccuper de ces changements en les ignorant, mais ce ne sera plus le cas. Il faudra aller au bout de la lecture et les accepter pour pouvoir utiliser Facebook”.

” Contrôle et transparence ”

Ce sont deux des mots d’ordre de la réunion. “Nous devons donner plus de contrôle aux utilisateurs” admet‐il. Parmi ces contrôles : la possibilité de nettoyer plus facilement son historique et ses données de navigation, ou d’avoir un oeil sur les données que l’on partage, mais surtout, à qui.

Sur la transparence, un des députés émet l’idée de rendre tout algorithme de Facebook public, ce à quoi Mark Zuckerberg ne donner aucune réponse. Il s’avance cependant sur l’irréprochabilité du réseau au niveau des taxes. “Facebook a toujours payé ses taxes, a‐t‐il clamé. Pour chaque pays dans lequel nous sommes, nous payons les taxes que nous devons payer”.

” Fake news et contenu inapproprié ”

“La ligne rouge, a‐t‐il expliqué, c’est n’importe quelle forme de haine, de terreur ou de harcèlement sur nos services”. Le patron de Facebook a été interpellé sur ce qui lui donnait le droit de considérer que tel ou tel contenu était digne d’exister ou non sur le réseau. Le député européen du Front National Nicolas Bay lui demandera par exemple si la “chasse aux fake news, bien qu’à la mode, n’est en fait qu’une nouvelle excuse pour écraser de nouvelles formes d’expression”. À cela, Mark Zuckerberg parle d’un plan de recrutement pour être plus efficace sur les notions de vérification et de bannissement, ainsi que d’un nouveau système d’intelligence artificielle capable de les aider dans cette tache.

Demain, le PDG de Facebook rencontrera Emmanuel Macron à l’Elysée, avant de se rendre au salon VivaTech jeudi 24 mai. Une folle semaine européenne pour lui, qui visait à reconquérir une partie «grande et importante» de leur communauté. “C’est bon d’être de retour en Europe”, avait‐il déclaré pour commencer l’audience. Il quittera la salle pourtant bien pressé, laissant moult questions sans réponses.