Crédit : Marcio Jose Sanchez / AP

Facebook : la rédemption passe par Bruxelles

Ce mardi 22 mai 2018, le patron de Facebook Mark Zuckerberg s’exprime devant les députés européens. L’occasion pour lui de redorer le blason de Facebook, alors qu’il lui est reproché depuis le mois dernier de n’avoir pas pu protéger les données de ses utilisateurs.

Grande audience pour Mark Zuckerberg. Il se dresse ce mardi soir à 18h devant le Parlement européen à Bruxelles.  Le PDG se remet sur la route de la rédemption, chemin qu’il arpente depuis plus d’une dizaine d’années maintenant avec Facebook, chaque fois qu’il est confronté à une remise en question. Les excuses de ce soir ne sont pas les premières.

Le journal Le Monde notait le mois dernier les mots d’une élue, qui relevait justement à quel point la stratégie de l’excuse était alliée de Mark Zuckerberg.

– 2006 : “nous avons vraiment fait une erreur”.

– 2007 : “nous avons fait du mauvais travail, je m’excuse”.

– 2010 : “parfois nous allons trop vite”.

– 2011 : “je suis le premier à admettre que nous avons fait pas mal d’erreurs”.

– 2017 : “je vous demande de me pardonner, je vais faire en sorte de m’améliorer”. »

Un autre élu d’ajouter : ” Après plus d’une décennie passée à promettre que vous allez vous améliorer, en quoi les excuses d’aujourd’hui sont‐elles différentes ? Et pourquoi devrions‐nous croire Facebook, quand il nous dit qu’il fera les changements nécessaires pour sécuriser les données des utilisateurs ? ». L’intéressé répond que « ces erreurs sont différentes », avant qu’on lui somme « d’arrêter de s’excuser, et [de faire] en sorte que cela change ».

Le PDG de Facebook doit s’exprimer sur la protection des données, pour tenter de suturer la plaie encore ouverte du scandale Cambridge Analytica. Cette entreprise est accusée d’avoir récupéré les données personnelles de 87 millions d’utilisateurs pour maximiser l’impact de messages publicitaires électoraux aux Etats‐Unis. L’entreprise aurait récupéré ces informations supposément « à l’insu » de Facebook, favorisant l’élection de Donald Trump. 

Rendre des comptes publiquement

Pour que tout le monde puisse y assister, l’audition de ce soir, qui devait se faire à huis clos, sera finalement diffusée en direct sur Internet suite aux pressions d’euro-députés, a annoncé le président du Parlement européen Antonio Tajani. Cette volonté prend place dans un climat de défiance vis‐à‐vis des patrons de l’acabit de Zuckerberg. Pourtant, au moment où il fait face au Congrès américain, le nombre d’utilisateurs de l’application mobile a grimpé de près de 190 millions, d’après Goldman Sachs. 

Le but de l’audience : un genre de procès public, qui lui fait rendre des comptes aux utilisateurs de son réseau social. Le mois dernier déjà, il avait été auditionné par le Congrès américain, et avait été bousculé sur cette notion de protection des données personnelles. Mark Zuckerberg accepte alors à deux reprises de comparaître devant les élus américains. D’abord devant le Congrès, puis le lendemain devant les élus de la Chambre des représentants. 

Timing et « consentement assisté »

Le timing est plutôt bon pour Mark Zuckerberg. Alors que lui doit s’expliquer sur la non‐protection des données personnelles des utilisateurs, le Règlement général de protections des données personnelles (RGPD) entrera en vigueur ce vendredi 25 mai. Ce texte empêche toute plateforme d’utiliser les données personnelles de ses utilisateurs sans son explicite consentement écrit.

En se présentant face au parlement européen,  Mark Zuckerberg s’offre une occasion de « rassurer » les utilisateurs à un moment où ils doivent accepter (dans l’idéal, sans broncher) de nouvelles conditions d’utilisation. Il sera également demain à l’Elysée, et au salon VivaTech jeudi, à Paris, rendez‐vous « mondial des entreprises et leaders pour créer ensemble ».

De son côté, enfermé dans la classique « acceptation des conditions d’utilisation sans en lire une phrase », l’utilisateur lambda risque de laisser à nouveau ses données entre les mains des entreprises, malgré le nouveau règlement général. Tout est fait pour passer son chemin, cliquer sur « suivant » jusqu’à pouvoir utiliser tranquillement le réseau social sans s’embêter avec des mentions légales. Pour ceux qui souhaiteraient modifier les paramètres de leurs données, le chemin est volontairement compliqué, avec moins d’issues de secours que dans un parcours extrême d’accro-branche. Comme « option parmi plusieurs », vous sera en fait proposée la simple suppression de votre compte.

Le PDG de Facebook prendra donc la parole à 18h15, heure à partir de laquelle cet article sera mis à jour pour tenir compte de ses déclarations.

Le patron de Facebook Mark Zuckerberg s’exprimera devant les députés européens, le mardi 22 mai.  Crédit : Marcio Jose Sanchez / AP