Crédit : Manuel Balce Ceneta

Nucléaire iranien : l’UE face aux 12 commandements américains

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a coupé court à toute négociation en donnant, lundi 21 mai, ses douze conditions pour un nouvel accord nucléaire avec l’Iran.

Le précédent accord sur le nucléaire iranien négocié avec Barack Obama semble bien loin. En le déchirant, Donald Trump a scellé le sort des relations irano-américaines pour le temps de son mandat. Les deux pays sont désormais en opposition frontale.

Le 8 mai déjà, le président américain annonce des sanctions économiques extrêmes à l’encontre de Téhéran. Il promet la fermeture totale du marché américain aux entreprises qui continueraient à commercer avec la République islamique. Total et Airbus, qui avaient signé des contrats à plusieurs milliards de dollars, ont 180 jours pour sortir de l’Iran. Mais malgré sa décision soudaine, Trump avait laissé la porte ouverte à des négociations avec l’Union européenne (UE) pour un nouvel accord. 

Cette porte est désormais fermée. Le secrétaire d’Etat américain a mis en place une politique de pression maximale en posant douze conditions draconiennes. “Les plus fortes de l’histoire”, selon ses propres mots. 

Exigences inacceptables

Plus jamais de missiles balistiques, ni de recherche de l’arme atomique… Les douze conditions prennent désormais en compte ce que le précédent accord avait volontairement laissé de côté. Mais elles sont à un niveau d’exigence tel que les accepter reviendrait à renoncer à tout poids politique pour la République islamique. Le secrétaire d’Etat Pompeo ordonne tout bonnement au régime iranien de ne plus quitter ses frontières, et de se tenir tranquille. 

Autre élément remarquable, M. Pompeo ne reconnaît pas dans son discours l’existence de politiciens iraniens modérés, tel que le président Hassan Rohani. Ce faisant, il ravive le soupçon d’un projet américain de déstabiliser le gouvernement en place, voire même de le renverser pour en installer un autre, plus conciliant. 

Face à cette politique agressive, les pays de l’Union européenne semblent opter pour une réponse ferme et tranchée. Ces dernières semaines, Theresa May, Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont appliqués à montrer un front uni pour la préservation de l’accord. Il faut dire que les pays de l’UE ont de quoi se mobiliser : l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la France sont les premiers partenaires commerciaux de la République islamique.  

L’Union européenne organise sa résistance

Le fer de lance de la résistance n’est autre que Federica Mogherini. Sa réponse aux exigences de son homologue américain donne le ton : “Le discours du secrétaire d’Etat Pompeo n’a démontré en rien comment le fait de se retirer du Plan d’action conjoint (JCPOA, le nom officiel de l’accord nucléaire iranien) avait rendu ou rendrait la région plus sûre de la menace de prolifération nucléaire […] ” Et de conclure : “Il n’y a pas de solution alternative au JCPOA”. Si la cheffe de la diplomatie européenne se montre ferme, c’est aussi parce que l’UE n’est pas dénuée d’armes pour lutter contre les sanctions américaines.

Vendredi 18 mai, les dirigeants européens ont lancé la procédure officielle d’une loi dite de “blocage”, visant à “neutraliser les effets extraterritoriaux des sanctions américaines”, selon les paroles du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Cette loi permet aux entreprises européennes de ne pas se soumettre à des sanctions prises par des pays tiers. La Banque européenne d’investissement a même prévu de soutenir les investissements européens en Iran, en particulier pour les petites et moyennes entreprises.

L’UE joue contre le temps. Le 14 mai, Abbas Araghchi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a exigé des “garanties dans un délai de 60 jours, sans quoi “il reviendra aux responsables [iraniens] de prendre les décisions nécessaires”. Rien n’est encore joué donc. Mais cela ne fait aucun doute, le bras de fer économique entre l’UE et les États-Unis est lancé.

Mike Pompeo, Le chef de la diplomatie américaine a présenté, lundi 21 mai, dans les murs du think tank conservateur Heritage Foundation. Crédit : Manuel Balce Ceneta