Quand un lobby des pesticides s’essaie au green washing

L’Union des Industries de la Protection des Plantes organise jusqu’au 27 mai une exposition à Paris. Objectif : redorer le blason des pesticides… sans en dire le nom

« Bienvenue dans la cité du siècle vert » annonce un panneau, entouré de deux grands arbres bien verts au 116 rue de Turenne. Un « espace végétal éphémère » au coeur de Paris. Il n’est pas question du dernier événement bobo en vogue dans la capitale, mais de pesticides. Une exposition de deux semaines, imaginée par l’UIPP (Union des Industries de la Protection des Plantes) à l’occasion de son centième anniversaire. Objectif : « informer le grand public et déconstruire les clichés sur ce qu’on appelle les pesticides », explique Eugénia Pommaret, Directrice Générale de l’UIPP. Les plantes, le vert, jalonnent les 850 m2 d’exposition, qui pourrait, au premier abord, tout aussi bien évoquer la défense de l’environnement. Elle nie pourtant toute volonté de green washing (technique de communication visant à donner les apparences de la responsabilité écologique).

Une communication bien rodée

Ici tout est question de terminologie, de contournement et de minimisation. On ne parle pas de « lobby des pesticides », mais d’ « industrie de protection des plantes ». D’ailleurs, on ne parle jamais directement de « pesticides » mais de « produits phyto‐pharmaceutiques ». Le danger ne semble pas provenir de ces produits mais des « bioagresseurs » (rien à voir avec des militants écolos particulièrement violents) : les champignons, insectes et autres bactéries qui menacent la « santé des plantes ». Une véritable leçon de communication.

Sans être informé sur l’UIPP et ce qu’elle représente, difficile donc de comprendre le sujet de l’exposition. La première partie retrace l’historique des produits phyto‐sanitaires, au gré d’un « chemin vert » en 12 étapes, pour convaincre de leur utilité. On nous y explique, par exemple, comment le désherbage mécanique, puis l’utilisation d’acide sulfurique ont libéré les femmes de la corvée du désherbage, ou encore que sans les pesticides contre les maladies du blé, 34 milliards de baguettes seraient perdues chaque année. Eugénia Pommaret voulait rendre l’exposition « la plus accessible possible pour le grand public, avec des messages clairs et simples ». Notamment pour les scolaires, qui s’y bousculent.

Pour convaincre que les entreprises membres de l’UIPP sont responsables, l’exposition se poursuit dans un laboratoire reconstitué, pour montrer qu’aucun produit n’est commercialisé avant avoir subi des tests, pour évaluer les risques pour la santé humaine. « L’autorisation de Mise sur le Marché est très encadrée, assure Eugénia Pommeret, aujourd’hui seules 300 molécules circulent sur le marché en France contre plus de 1500 au siècle dernier ».

« Le risque zéro n’existe pas »

Dans cet environnement vert et feutré, aucune mention cependant des risques pour la santé et l’environnement que représentent ces produits phyto‐sanitaires. Du moins, pas pour les produits commercialisés aujourd’hui. « Il est fait référence au cyanure et à l’arsenic dans l’exposition, et il est dit clairement que ce sont des poisons. On évoque aussi le DDT, dont la toxicité a été prouvée, et qui a été interdit dans les années 1970 ». Quid du glyphosate ? L’herbicide commercialisé par Monsanto sous le nom de Roundup a été largement décrié. Le Circ (Centre international de recherche sur le cancer), lié à l’Organisation Mondiale de la Santé, l’a classé parmi les pesticides « cancérogènes probables ». Monsanto France est une des entreprises membres de l’UIPP. Pour Eugénia Pommeret, la question ne se pose plus depuis que le glyphosate a été ré‐homologué au niveau européen. « Plus de 3000 études ont contredit celle de la Circ. Certaines ont été effectuées par des agences européennes, en qui nous avons confiance ». Certes, mais depuis les révélations des Monsanto Papers, l’indépendance des chercheurs des agences européennes n’est plus garantie.

« Le risque zéro n’existe pas, poursuit la directrice de l’UIPP, ce qu’il faut c’est évaluer la balance risques/bénéfices. Aujourd’hui, on ne peut pas se passer des produits phytosanitaires dans l’agriculture ». Claude Petitguyot, agriculteur dans le Jura, abonde. Il travaille en agriculture raisonnée : pas d’épandage excessif ni automatique. Il vérifie la santé de ses plantes parcelle par parcelle, et n’utilise des pesticides seulement si nécessaire. « Mais je ne crois pas au zéro pesticides ». Le blé qu’il cultive est destiné directement à la consommation humaine. « Les deux agriculteurs bio qui travaillent dans mon village destinent leur culture aux animaux, les exigences sanitaires sont différentes. Je ne peux pas me permettre d’avoir des plantes malades ». Pour Eugénia Pommeret, le débat sur la manière de préserver « la santé des plantes » doit exister. « Mais en attendant de trouver des solutions plus viables, on ne peut pas rester les bras croisés et ne pas protéger les cultures ». Une manière toute particulière de résoudre le calcul risques/bénéfices.