Equipe de France : le péché d’orgueil de Rabiot

Sélectionné comme simple réserviste par Didier Deschamps pour la Coupe du monde, Adrien Rabiot a décidé de quitter le groupe. Petit caprice ou problème français ? 

Il y a des milliers d’enfants qui rêveraient un jour d’être réserviste en équipe de France. Adrien Rabiot ne semble pas de ceux-là. Le jeune Parisien de 23 ans a déjà goûté à six reprises à la sélection chez les Bleus, alors pas question pour lui de retrouver le statut de doublure. Celui que l’on surnomme « le Duc » l’a fait savoir à Didier Deschamps par un mail envoyé ce mercredi 23 mai, écrit par son avocat et signé par le Français. Le milieu de terrain quitte donc ses coéquipiers alors qu’il pouvait encore espérer participer au Mondial en cas de blessure d’un autre joueur.

Ce caprice le privera de la Coupe du monde mais devrait aussi affecter son avenir en Bleu. « Ça me paraît évident que Rabiot se ferme la porte de l’équipe de France tant que Didier Deschamps sera là (jusqu’en 2020) », analyse Rolland Courbis, entraîneur de football et consultant sur RMC. Très soucieux de placer l’institution qu’est l’équipe de France au-dessus des joueurs, le sélectionneur des Bleus ne le rappellera probablement pas de si tôt. Un joueur comme Karim Benzema a déjà fait les frais de cette intransigeance. « Je pense, à titre personnel, que l’équipe de France et les joueurs que j’ai sélectionnés méritent un minimum de respect », avait répondu en novembre 2017 le sélectionneur français après une énième question sur le cas de l’attaquant français.

Pas le premier

Une chose est sûre : Adrien Rabiot n’a pas dû lire la charte de l’équipe de France. Les règles de bonne conduite sont pourtant placardées partout à Clairefontaine, centre d’entraînement des Bleus qu’il connaît bien. Respect, plaisir et professionnalisme sont les maîtres-mots.

Le Parisien n’est pas le premier à provoquer un scandale en claquant la porte des Bleus. Dès 1974, Serge Chiesa, joueur de l’Olympique Lyonnais, avait quitté la sélection en plein stage. « Mes dirigeants et Aimé Mignot (entraîneur de l’OL) ont exigé que je vienne. Mais je ne resterai pas ici. Je n’ai rien contre personne. Seulement les stages m’ennuient », s’était défendu le joueur. La fédération essaye de le faire revenir dans un premier temps puis fait tomber les sanctions : 5 000 francs d’amende et deux matches de suspension en club.

Le Paris Saint-Germain pourrait donc voir d’un mauvais œil la décision de son milieu de terrain et devrait s’en passer à la rentrée. Nicolas Anelka avait écopé de la même sanction en 2002. L’attaquant de Manchester City avait refusé d’être appelé en renfort pour disputer un match amical contre la Yougoslavie. Sa suspension ne sera cependant pas appliquée par la Fédération anglaise et le joueur avait réintégré l’équipe de France par la suite. Avant de traiter de « fils de pute » le sélectionneur Raymond Domenech en 2010…

Eric Cantona, lui, a écopé de dix mois de suspension en 1988. La faute à un « sac à merde » balancé au sélectionneur de l’époque, Henri Michel, après une non-convocation en équipe de France. L’enfant terrible du foot français portera à nouveau la tunique bleue mais manquera la Coupe du monde 1998. Aimé Jacquet, déjà, jugeait que le collectif était au-dessus des talents individuels. Vingt ans plus tard, Didier Deschamps partage la même philosophie.

Illustration : Russie, 27 mars 2018. Adrien Rabiot avait participé au match amical contre la Russie, le pays hôte de la Coupe du monde. ©AssociatedPress