Pédophilie dans l’Eglise : la croisade du pape au Chili

L’Eglise chilienne est une nouvelle fois secouée par une affaire de scandale sexuel. Très critiqué pour son manque de réaction jusqu’à présent, le pape François se lance dans un mea culpa. 

Après la démission de trente-quatre évêques chiliens vendredi 18 mai dernier, quatorze prêtres viennent d’être suspendus pour abus sexuels. La réaction du pape François sur cette affaire est très attendue, surtout depuis le fiasco médiatique de son voyage au Chili en janvier dernier. Il avait alors défendu avec force un évêque chilien soupçonné d’avoir caché les actes pédophiles d’un prêtre dans les années 1980 et 1990. Monseigneur Juan Barros, condamné par la justice vaticane en 2011, a été contraint de se retirer pour une vie de pénitence. Et François avait minimisé la parole des victimes, déclenchant un tollé.

Depuis ce voyage, le pape fait des mea culpa à répétition. Il a reconnu avoir commis de « graves erreurs » d’appréciation début avril, après avoir pris connaissance d’un long rapport d’enquête de 2 300 pages commandée au Chili. Le document comprend les témoignages de soixante-quatre victimes américaines et chiliennes. Dans la foulée, le souverain pontife a convoqué à Rome l’ensemble des évêques du Chili. Il a récemment annoncé des « changements » à court, moyen et long terme pour rétablir la « justice » au sein de l’Église. Le Chili subit une véritable « épidémie », selon les propos de victimes récemment reçues par le pape François. Elles dénoncent l’omerta d’une partie de la haute hiérarchie de l’Eglise catholique du pays.

Rencontrer les victimes

Après avoir été vivement critiqué, le pape a donc décidé d’agir. Par écrit notamment. Il a adressé aux évêques une lettre confidentielle de dix pages, finalement divulguée par la chaîne de télévision chilienne « Teletrece ». La missive évoque des « crimes » et le « douloureux et honteux constat d’abus sexuels sur mineurs, d’abus de pouvoir et de conscience d’une partie du clergé de l’Eglise » catholique.

Pour endiguer le phénomène, il faut, selon le pape, aller aux « racines » du problème, qui ont laissé des abus être perpétrés au sein d’une Eglise chilienne « élitiste » et « autoritaire ». Une enquête, diligentée par le pape, a également abouti à soupçonner des membres du clergé chilien d’avoir détruit des preuves de cas d’abus sexuels. Pis encore, certains ayant eu un comportement immoral, auraient été transférés dans d’autres diocèses, pouvant ainsi continuer à exercer.

Le pape a également demandé « pardon » aux victimes du clergé chilien. Début mai, il a accueilli pendant plusieurs jours trois victimes d’abus sexuels dans sa résidence du Vatican. Un geste fort pour une institution accusé d’organiser l’omerta. Il a aussi annoncé qu’il s’entretiendrait en privé avec un autre groupe de victimes début juin. Cinq prêtres figurent parmi elles. « Avec cette nouvelle rencontre, le pape François veut montrer sa proximité avec les prêtres victimes d’abus, les accompagner dans leur chagrin et écouter leurs opinions en vue d’améliorer les mesures préventives actuelles et la lutte contre les abus dans l’Eglise », précise un communiqué du Vatican.

80 prêtres impliqués depuis 2000

La démission de l’ensemble d’un épiscopat, comme cela s’est passé au Chili vendredi dernier, est inédite dans l’histoire récente de l’Eglise catholique. Mais sous les précédents pontificats, d’autres convocations ont eu lieu dans le contexte des scandales pédophiles. En avril 2002, le pape Jean-Paul II avait ainsi convoqué treize cardinaux et évêques américains après un immense scandale de pédophilie au sein du clergé. Suite à l’éclatement d’un autre scandale en Irlande, en 2009, Benoît XVI avait aussi organisé une réunion de prélats irlandais au Vatican. Au cours des quinze dernières années, environ quatre-vingt membres du clergé chilien ont été impliqués dans une série d’affaires de scandale sexuel.

Dans un Chili où 70% de la population se déclare catholique — enquête de l’institut de sondage britannique Mori — le fossé se creuse malgré tout de plus en plus entre la population et l’Eglise. Selon un récent sondage, 71% des Chiliens désapprouvent la façon dont l’Eglise a géré ces scandales (AFP). L’onde de choc est telle au sein de la société chilienne, où les valeurs morales de l’Eglise restent prépondérantes, que le président de droite Sebastian Piñera, catholique pratiquant récemment élu, a lui-même critiqué l’Eglise. Il regrette qu’elle soit « toujours plus éloignée, non seulement des fidèles mais des gens en général ».

Illustration : Après un fiasco médiatique lors de son voyage au Chili, le pape réagit au scandale de pédophilie qui frappe l’Eglise chilienne. © Casa Rosada