Plan banlieues : l’inquiétude des élus

Emmanuel Macron a annoncé mardi des mesures sur les banlieues et la cohésion des territoires. De tout bord politique, les critiques fusent.

« Tous les sujets ont été cochés », a déclaré l’ex-ministre Jean-Louis Borloo, auteur du rapport sur les banlieues présenté mardi au chef de l’Etat. « J’ai retrouvé la cour d’équité territoriale, la fondation, le campus numérique, la cité éducative et la mobilisation de tout le monde », a‑t-il affirmé à l’AFP. Mais les critiques ne se sont pas fait attendre. « L’opération de com’ du jour », « zéro ambition », « politique spectacle »… A droite comme à gauche, les représentants politiques ont dénoncé l’abandon du projet ambitieux de Jean-Louis Borloo.

« Il n’y a rien de très concret », a jugé Stéphane Gatignon, l’ancien maire écologiste de Sevran (Seine-Saint-Denis) sur BFMTV. Le président de la République a notamment émis l’idée d’un plan de lutte contre la drogue, d’une meilleure communication entre préfets et maires dans la lutte contre la radicalisation et d’une police de sécurité du quotidien. « Sur le diagnostic, il a fait consensus », affirme Guillaume Delbar, maire de Roubaix (ancien LR, proche de LREM). « Mais je m’attendais à plus d’annonces concrètes. »

Des mesures sans financement

« Quand on parle des entreprises ou des plus riches, il y a des moyens. Sur les banlieues, on a un discours de méthode, de principes », a déploré Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny. « Force est de constater qu’il n’y a aucun euro aligné sur la table pour ramener la République dans les quartiers. »

C’est la critique qui revient le plus souvent. Emmanuel Macron a énuméré des mesures « sans jamais parler d’argent », selon un autre élu PCF, Nicolas Sansu, maire de Vierzon. « Le chef de l’Etat a adopté la posture du ‘rien n’a été fait’. Non seulement c’est décourageant pour les acteurs de terrain, mais en plus, il ne donne aucun moyen financier pour les encourager. C’est l’ubérisation de la banlieue. » Il ne s’agirait pas tant d’un manque de moyens mais d’une « sous-estimation des difficultés de ces quartiers », selon Stéphane Peu (PCF), ancien adjoint au maire de Saint-Denis. 

De nombreux élus de gauche parlent d’« un grand absent » dans ces annonces : le service public. « Il n’y a plus aucun avenir collectif », a déploré Nicolas Sansu. « D’ailleurs, le chef de l’Etat n’a parlé que de lui. Cette personnalisation est très inquiétante. »

« Un discours hors sol »

De l’autre côté, Marine Le Pen (FN) a parlé d’une « consécration du communautarisme au sommet de l’Etat ». Pour elle, Emmanuel Macron aurait volontairement fait l’impasse sur le coeur du problème : l’immigration. « Le chef de l’Etat a parlé d’insécurité, de chômage, jamais de communautarisme », a déploré le maire de Béziers Robert Ménard. « Le problème de nos banlieues, ce n’est pas les immeubles ou les écoles, c’est la population. »

« Je connais ces quartiers, ce sont ceux de ma jeunesse. Aujourd’hui je ne les reconnais plus. Il faut avant tout y rétablir l’Etat de droit », regrette Robert Ménard, convaincu qu’un « plan banlieues » ne devrait voir le jour qu’après la réussite d’un « plan assimilation ». « Le problème du discours du chef de l’Etat, c’est qu’il est complètement hors sol. »