Déficit public : ce que gagne la France à rentrer dans le rang

Grâce à un déficit public en dessous des 3% du PIB, la France s’est vu proposer par la Commission européenne de sortir de la procédure pour déficit excessif. Une bonne chose, mais sûrement pas la fin des efforts.

La France va mieux. Du moins, c’est ce que disent les chiffres. Pour la première fois depuis 2007, le déficit de la France est repassé sous la barre des 3% du PIB (produit intérieur brut). A 3,4% en 2016, il était de 2,6% en 2017. Et les prévisions sont bonnes. La commission européenne estime que le déficit public français atteindra 2,3% en 2018 avant de remonter légèrement à 2,8% en 2019. Un triplé sous le chiffre fatidique des 3% qui permet à la France de sortir de la procédure de déficit excessif.

En conférence de presse, Pierre Moscovici s’est réjoui de cette décision de la Commission européenne. « C’est un moment important pour la France, la fin de neuf années de procédure longue, pénible, et d’efforts budgétaires parfois douloureux mais nécessaires », a réagi le commissaire européen aux Affaires économiques.

Des sanctions inexistantes

Tous les pays de l’Union européenne sont soumis à des règles en matière de dette et déficit publics. Le but : garantir la stabilité de la zone euro. En passant sous les 3%, la France rentre donc dans les clous du règlement et s’évite des sanctions qui peuvent accompagner la procédure pour déficit excessif.

En réalité, la France n’était pas très inquiétée. Aucun pays n’a fait face à des sanctions en ne respectant pas les règles. « Les sanctions n’ont jamais été effectives », reconnaît Véronique Riches-Flores, spécialiste de l’économie mondiale et des marchés capitaux. Pour l’économiste, plus que d’éviter les possibles sanctions, la France retrouve surtout « une marge de manœuvre ». « Cela devrait permettre d’être moins sous la contrainte de politiques restrictives, analyse-t-elle. Cela ne veut pas dire que l’on peut faire n’importe quoi non plus ! ».

La France se débarrasse aussi du bonnet d’âne européen qu’elle ne partageait plus qu’avec l’Espagne (toujours concernée par la procédure). « La France, le mauvais élève à l’échelle européenne, rentre dans le rang, s’enthousiasme Véronique Riches-Flores. C’était très important pour la France de rattraper son retard. »

Une France à nouveau crédible

Tout repose sur un enjeu de crédibilité. En sortant de la procédure, après une décennie de labeurs, la France envoie un signal encourageant aux investisseurs. « C’est important de donner le sentiment de pouvoir maîtriser ses finances publiques, rappelle l’économiste. Cela permet de rassurer les investisseurs qui vont chercher des valeurs sûres et de contribuer à une baisse des taux d’intérêt. »

En automne dernier, Bruno Le Maire, ministre des Finances, confiait déjà l’importance pour la France de renvoyer une bonne image de son économie. « Je ne fais pas des 3% un totem, mais un symbole : celui de la crédibilité retrouvée auprès de anos partenaires européens », déclarait-il.

Pour Emmanuel Macron, cette sortie de la procédure de déficit excessif arrive juste à temps. Elle donnera du moins plus de crédits aux réformes économiques de l’UE proposées par le président français face au bon élève allemand, jusque-là réticent.

Encore des efforts

La France peut-elle désormais se reposer sur ses lauriers ? Au contraire. Après les efforts…les efforts à nouveau. En quittant la procédure, le pays doit répondre à des règles encore plus strictes et doit s’attaquer à la réduction de son déficit structurel (calculé sans les hasards de la croissance). « On va réduire au maximum la partie structurelle du déficit de sorte à ce qu’on puisse faire face aux aléas et éviter les crises », explique Véronique Riches-Flores. En clair : améliorer au maximum la situation pour se protéger contre une flambée du déficit en cas de coup dur.

Autant le faire pendant que les voyants sont un peu au vert. « On est en phase d’amélioration de la conjoncture, donc on peut se dire qu’il vaut mieux faire les efforts maintenant parce qu’on a une marge de manœuvre plutôt que de les faire quand on sera en récession », prévient l’économiste.

L’effort structurel permettra aussi de réduire la dette française. Elle atteindra 96,4% du PIB en 2018. La « bataille » n’est donc pas finie pour Pierre Moscovici. D’autant plus que la France est loin d’être devenu un élève modèle de l’Europe. La moyenne de l’Union européenne est à 1% de déficit. Le voisin allemand a un excédent d’1,3%. L’élève français est donc toujours au fond de la classe.

Crédits photo : Gérard Colombat / Flickr