Giuseppe Conte : flou sous influence

Le nouveau président du Conseil, Giuseppe Conte, a été nommé par le président italien le mercredi 23 mai. Proposé par les partis populistes Mouvement 5 Etoiles (M5S) et Ligue du Nord, il doit écrire une nouvelle page de la politique de la péninsule.

Après deux jours de réflexion, le président italien Sergio Mattarella a finalement accepté la proposition de la coalition antisystème Mouvement 5 Etoiles (M5S) — la Ligue. Giuseppe Conte, juriste discret de 54 ans, se voit ainsi nommé président du Conseil, au terme d’une vacuité politique de plus de deux mois. Il est désormais le visage de cette alliance entre le parti d’extrême droite, la Ligue de Matteo Salvini, et le populiste Luigi di Maio, dirigeant du Mouvement 5 Etoiles.

Premier président du Conseil depuis 40 ans à venir du sud de l’Italie, Giuseppe Conte est né le 8 août 1964 dans un petit village des Pouilles. Elevé dans la tradition catholique, il fait ses études à la Villa Nazareth, une université pour les défavorisés à Rome, où il apprend le droit. Luigi di Maio affirme que le juriste « s’est fait tout seul », enseignant tour à tour en Sardaigne, à Rome et à Florence. Bémol : le nouveau Premier ministre italien n’a aucune expérience politique, si ce n’est une candidature sous l’étiquette M5S pour la dernière élection (le 4 mars 2018), qu’il a perdue. Sa crédibilité pour postuler à la présidence du conseil des ministres s’en trouve atteinte, alors qu’un vieux scandale est remonté à la surface avec sa nomination.

L’affaire remonte à 2013. Conte assure alors la défense des parents de Sofia, gravement malade. Ils souhaitent la guérir en utilisant la méthode « Stamina », qui s’avère être une arnaque scientifique. Un parallèle est établi entre le positionnement de Conte et la position du M5S, proche du mouvement « no vax », hostile aux vaccins. Reste que les contours du personnage restent flous. Dans son CV, il vante un cursus universitaire, de Yale à la Sorbonne en passant par la New York University (NYU) ou encore le Kultur Institut de Vienne. Ce parcours illustre étonne de nombreuses universités, qui ont déjà démenti le CV de Giuseppe Conte. La NYU affirme même n’avoir trace que d’une inscription à la bibliothèque, ouverte au public. Le fraîchement nommé président du Conseil aurait également menti sur son appartenance à un groupe de pression citoyen au niveau de l’Union européenne. Une image médiatique bien loin du « citoyen honnête et honorable » vanté par di Maio.

En équilibre fragile

Le chef du gouvernement aura d’autant plus de mal à s’imposer qu’il est entre deux feux : le président italien d’un côté, et les chefs de parti qui l’ont mené au pouvoir de l’autre. A l’issue de son long entretien avec Sergio Mattarella, Giuseppe Conte « confirme la place de l’Italie au niveau européen et mondial », selon le quotidien Il Manifesto. Une condition incontournable posée par le président europhile de centre-gauche pour valider sa candidature. L’emprise de Mattarella ne s’arrête pas là : il pourra mettre son veto sur les propositions de ministres lors de la composition du gouvernement Conte.

Si le chef de l’Etat s’est montré si précautionneux en posant ses conditions, c’est qu’il redoute une instrumentalisation du poste de Premier ministre par la Ligue et M5S. L’ombre de Matteo Salvini et Luigi di Maio plane déjà sur le travail du nouveau président du Conseil. Chacun des deux dirigeants populistes souhaite avancer ses pions dans une coalition incongrue, car rassemblée uniquement autour de la question migratoire. Il ne faut pour autant pas sous-estimer Conte, qui serait d’après le Guardian l’initiateur d’une proposition de la coalition afin d’alléger l’administration. La tension politique que la nomination du Premier ministre devait apaiser ne fait donc que commencer. Il faut s’attendre à des rapports de force musclés entre les deux partis aux manettes, entre eux, et avec le président italien. Avec au milieu, Giuseppe Conte.