Kagame à l’Elysée, vers un rapprochement entre la France et le Rwanda ?

Paul Kagame a été reçu mercredi 23 mai à l’Élysée pour une visite de deux jours. La rencontre des deux chefs d’État vient marquer le rapprochement en cours entre les pays. Les relations sont tendues depuis que le président du Rwanda a accusé la France d’avoir joué un rôle dans le génocide rwandais de 1994, en avril 2017 notamment.

Après des années tumultueuses, Les discussions ont donc officiellement repris hier. Parmi les attentes du président Kagame : la France soutiendra‐t‐elle la candidature de la Rwandaise Louise Mushikigwabo, ministre des Affaires étrangères de Kigali à la présidence de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ? À quoi Emmanuel Macron a répondu : « Elle a toutes les compétences pour ». Il affirme ainsi un soutien à cette ministre rwandaise qui s’était pourtant faite plusieurs fois la porte‐parole du ressentiment de Kagame à l’égard de la France.

Un passé compliqué

Parce que si l’entente semble aujourd’hui de mise entre les deux pays, cela n’a pas toujours été le cas. Les suites du génocide rwandais de 1994 a instauré un climat de tensions. La France est accusée de n’avoir rien fait pour empêché le massacre, voire de complicité dans ce drame. Il a conduit à la mort d’au moins 800 000 Rwandais, en majorité tutsis, en l’espace de trois mois.

Près de 25 ans après les faits, la rencontre est cordiale. Pendant leur entrevue à l’Élysée, les deux homologues sont côte à côte, la main dans la main. 

Paul Kagame n’était pas venu en France depuis 2011 et s’affiche aux côtés du président d’un pays contre lequel il a pourtant porté de lourdes accusations. « La France (…) a joué un rôle néfaste dans l’histoire de mon pays, a contribué à l’émergence d’une idéologie génocidaire », assénait le chef d’état il y a tout juste quatre ans, dans les colonnes de Libération. 

Il se réjouit désormais d’un « nouveau partenariat ». Et salue au passage le rôle de la France en Afrique (Centrafrique, République démocratique du Congo…), sans toutefois évoquer le fameux dossier qui fâche. 

Une attention à laquelle Emmanuel Macron s’est montré sensible, en saluant le « rôle essentiel du Rwanda », les similitudes entre les deux pays et leurs « priorités partagées » : l’éducation, l’environnement ou bien le développement de nouvelles technologies en Afrique… Ce qui vaut au président rwandais une invitation au salon VivaTech jeudi.

Vers une « normalisation des relations » ? 

Dans les colonnes du journal Le Monde, le journaliste Christophe Châtelot évoque le visage de marbre du président rwandais, qui, « à aucun moment […] n’a évoqué devant la presse les contentieux qui empêchent encore une véritable normalisation des relations entre les deux pays ». Emmanuel Macron a d’ailleurs souligné que cette normalisation était en marche, mais qu’elle « prendrait sans doute du temps ».

Le président français a enfin annoncé la constitution d’un groupe de chercheurs pour faire « progresser notre connaissance sur l’un des pires drames de la fin du XXème siècle », probablement dans l’optique d’accélérer l’apaisement entre Paris et Kigali.

Crédits photo : François Mori / AP