Enfants de djihadistes français, les oubliés du terrorisme

En matière de terrorisme, il existe plus compliqué que le cas du retour d’un djihadiste français. Celui de ses enfants. Vide juridique, prise en charge psychologique, réinsertion sociale… Les difficultés abondent.

Les forces kurdes ont capturé un djihadiste français à Raqqa, dans le nord de la Syrie, ce 24 mai 2018. Il s’appelle Adrien Guihal et s’occupait de la propagande du groupe Etat islamique. Pour l’instant, la France n’a pas émis de réserve à ce qu’il soit jugé par les autorités kurdes. Elle ne s’est pas non plus prononcée sur le sort de ses six enfants. 

450 enfants de parents français se trouveraient actuellement en Syrie et en Irak. La France doit‐t‐elle les rapatrier ? Et pour ceux qui sont déjà rentrés, comment les prendre en charge ? Autant de questions auxquelles les autorités françaises ont bien du mal à répondre. “Très peu d’informations circulent sur ce sujet”, commente Isabelle Dufour, consultante chez Eurocrise et spécialiste des questions de défense. En novembre dernier, Emmanuel Macron assurait que la gestion des retours des femmes et des enfants de djihadistes s’effectuerait “au cas par cas”. Un mois plus tard, en décembre 2017, trois enfants d’un couple de djihadistes étaient ainsi rapatriés par le CICR (Comité international de la Croix‐Rouge). 

Depuis 2016, 37 enfants ont été pris en charge en Seine‐Saint‐Denis, après avoir passé une partie de leur enfance en zone de guerre.  Certains n’ont même pas d’état civil. “Les enfants nés sous le régime du califat n’ont pas de papier. Il faut entamer des procédures pour que la France les reconnaisse.”, estime Isabelle Dufour. Une complication supplémentaire pour ces dossiers déjà très complexes.

Lorsqu’ils sont de retour en France, les mineurs sont pris en charge par l’aide sociale de leur département et par la justice de l’enfance. “Ces jeunes sont rarement mentalement équilibrés, détaille Isabelle Dufour. Ils peuvent avoir subi des sévices, avoir été exposés à des violences. La France doit les considérer comme des victimes”

La prise en charge psychologique de ces mineurs fait partie des nouveaux défis auxquels la France va devoir se confronter. Un défi loin d’être relevé selon des acteurs locaux. Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine‐Saint‐Denis, a même écrit à Édouard Philippe pour l’alerter de la “complexité de l’accompagnement” de ces enfants qui, pour certains, n’ont connu que la guerre. Isabelle Dufour est, elle aussi, inquiète au sujet de ces jeunes. “L’Etat islamique commence l’embrigadement des jeunes garçons dès 9 ans. On manque cruellement de connaissances pour répondre à ce genre de traumatismes”. 

Le procureur de Paris, François Molins, affichait sur RTL, en janvier dernier, sa volonté de réintégrer ces enfants au sein de la société française. La plupart n’ont même pas six ans. L’objectif du procureur : “éviter qu’ils deviennent des bombes à retardement”.

Photo : Wikimedia Commons