La reprise de la dette par le gouvernement n’arrêtera pas la grève SNCF

L’Etat reprendra 35 milliards de la dette de la SNCF, en proie à un mouvement social depuis presque trois mois. Cette annonce ne satisfait pas entièrement les syndicats.

La reprise de la dette ne va pas résoudre le problème du financement du système ferroviaire”. Pour Emmanuel Grondein, secrétaire national de Sud Rail, c’est une “annonce de façade”. Edouard Philippe rencontrait ce vendredi 25 mai les cinq principaux syndicats (CGT, UNSA, CFDT, FO et SUD) pour un énième round de négociations avec les cheminots, en grève depuis le 3 avril 2018. Le Premier ministre a annoncé que l’Etat s’engageait à reprendre 35 milliards de la dette de la compagnie ferroviaire. Cette mesure était déjà prévue dans le projet de réforme ferroviaire. Pas de quoi apaiser les syndicats qui se disent déçus de cette décision et ont indiqué continuer la grève.

Pour Sud Rail, la SNCF ne serait pas si endettée si elle ne devait pas assumer seule les dépenses liées aux infrastructures. Force Ouvrière est du même avis. Selon François Grasa, son secrétaire général, la dette devrait être reprise “intégralement par l’Etat” car elle concerne “l’aménagement du territoire”. Or, le gouvernement a assuré ce matin au Monde que le contribuable ne le remarquerait pas sur sa feuille d’impôt.

Les 35 milliards de la dette repris par l’Etat représente près de 65% de la dette totale de la SNCF. La somme que l’Etat s’engage à prendre en charge ne concerne que SNCF Réseau, le gestionnaire du réseau en charge des infrastructures ferroviaires. Chez Sud Rail, on pense que l’Etat se trompe de problème. Pour le secrétaire général du syndicat, “la priorité, ce sont les transports du quotidien.” Il dénonce un manque de gestion des trajets les plus utilisés (Transiliens et Trains express régionaux) quand l’Etat se concentre sur les lignes TGV.

La CGT admet que cette reprise est “significative” mais qu’elle n’est pas suffisante. Le syndicat souhaite obtenir une trace écrite de cet engagement. Ce qui effraie le secrétaire général de Sud Rail, Emmanuel Grondein, c’est que cette dette réapparaisse aussi vite. “C’est déroutant qu’un gouvernement décide de reprendre une partie de la dette mais ne se demande pas comment on va faire pour qu’elle ne revienne pas”, indique‐t‐il d’une voix inquiète.

La rencontre du 7 mai avec le chef du gouvernement n’avait déjà pas convaincu les syndicats. Pour Emmanuel Grondein en grève ininterrompue depuis le 3 avril, “s’il faut continuer, on continuera, même après le 28 juin”, date officielle de la fin de la grève.

Photos : Philippe Martinez et Laurent Brun (CGT Cheminots) dans la cour de l’Elysée. /AP