Bécassine, Un Français, Un prophète… Quand les régionalistes s’attaquent au cinéma

Bécassine de Bruno Podalydès n’est pas le premier film à froisser les mouvements indépendantistes.

Bécassine dans le collimateur des indépendantistes bretons. L’histoire se répète, 80 ans après la sortie du premier film tiré de la BD de Joseph Porphyre Pinchon et de Maurice Languereau. Une nouvelle adaptation, signée Bruno Podalydès, sort le 20 juin prochain. Mais des indépendantistes bretons de Dispac’h appellent au boycott du film. Ils reprochent à l’oeuvre de caricaturer les mères bretonnes du XIXe et XXe siècle qui, comme Bécassine, avaient dû rallier Paris pour travailler, alors qu’elles étaient stigmatisées et en proie à la misère sociale. Une polémique balayée par le réalisateur. Ce dernier a expliqué que son film devait être dissocié de ce douloureux passé.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle polémique éclate. D’autres films français ont été la cible de mouvements régionalistes, certains allant jusqu’à réclamer le retrait des écrans de longs‐métrages jugés stigmatisants pour leur région.

 

  • Bécassine, 1940

 

Bécassine faisait déjà polémique en 1940. La première adaptation sur grand écran de l’héroïne simplette s’était attirée les foudres des Bretons. Le député du Finistère avait porté à l’Assemblée nationale les critiques contre cette Bécassine. Réalisé par Pierre Caron, le film est même retiré des salles à sa sortie. Annaïk Labornez, incarnée par Paulette Dubost, apparaît encore une fois comme une domestique naïve et sotte au service de la bourgeoisie parisienne. Une image qui déplaît. La population locale avait déjà perturbé le tournage du film à Lannion, dans le Morbihan. A peine un an plus tôt, la statue de cire de Bécassine au musée Grévin avait été décapitée par trois Bretons en colère contre cette “personnification de l’imbécilité”. Des critiques toujours d’actualité pour la version de 2018.

 

  • Un prophète, 2009

 

Récompensé au festival de Cannes et aux César, ce film de Jacques Audiard provoque des remous sur l’île de Beauté. Dans Un Prophète, le personnage principal, joué par Tahar Rahim, intègre en prison un clan mafieux corse dirigé par Niels Arestrup. Les indépendantistes de Corsica Libera fustigent la mauvaise image de la communauté corse véhiculée par le film. Le mouvement dénonce un “caractère raciste” et “la confusion entre militants politiques et voyous”. “L’Assemblée corse, en charge des intérêts matériels et moraux de notre peuple, se doit de s’insurger devant ces comportements gravement attentatoires à la dignité des Corses”, avait déclaré Jean‐Guy Talamoni, actuel président de l’Assemblée corse. Les indépendantistes disent craindre que les “détenus politiques” corses soient assimilés aux membres de ce clan fictif marqué par la violence et la xénophobie.

 

  • Un Français, 2015

 

Long‐métrage décrié pour sa violence, Un Français a aussi été accusé de faire du tort aux Bretons. Le film narre la trajectoire d’un jeune skinhead qui se détache progressivement des idéaux racistes. Dans un communiqué, le Parti breton avait appelé au boycott du film en 2015. En cause : la présence d’un drapeau breton dans une scène où des jeunes skinheads s’adonnent à la violence. “Il y a une scène de racisme dans un bar d’extrême-droite : il faut donc y mettre un drapeau breton bien en évidence en fond de scène. Ah bon ? C’est crédible ? Oui bien sûr, c’est en Bretagne, le pays armoricain d’Astérix le Gallois, où l’on trouve le plus typiquement ces bars à fachos”, ironisait le porte‐parole du Parti breton