Comment la sécurité des manèges est‐elle vérifiée ?

Deux victimes en deux mois. Deux manèges incriminés. Pourtant, les attractions françaises sont contrôlées à intervalles réguliers.

À Neuville‐sur‐Saône (Rhône) le 31 mars dernier, un père de famille a perdu la vie après que sa nacelle s’est détachée. À Gruissan (Aude) lundi, une enfant a été percutée par l’arrière d’un petit train après s’être levée de sa banquette. Elle a perdu la vie des suites de ses blessures. Deux tours de manège fatals qui ont semé le doute sur la sécurité des manèges français. Sont‐ils suffisamment surveillés ? Qui sont ceux qui s’assurent de la bonne santé des attractions ?

  • État des lieux

La France aime les manèges. Dans un rapport de 2007 pour l’Assemblée nationale, leur nombre était estimé à 25 000. Un chiffre conséquent qui ne tient en outre pas compte des parcs de loisirs français, pourtant présents en masse sur le territoire (environ 200). Bien qu’aucun décompte précis n’ait été réalisé depuis plusieurs années, nous avons répertorié plus d’une dizaine d’accidents mortels sur les vingt dernières années. D’après une étude de la Commission de la sécurité des consommateurs à la fin des années 2000, près d’une centaine d’incidents par an sont aussi à déplorer.

Pour retrouver notre chronologie des derniers accidents mortels, cliquez sur:

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  • Qui vérifie les manèges ?

Depuis 2008 et à la suite de l’accident mortel de l’été 2007, la législation française a renforcé les contrôles autour de la sécurité des manèges. La loi de février 2008 a instauré la mise en place de bureaux spécialisés indépendants, agréés par l’État. Au nombre de dix, ils sont chargés de l’autorisation de mise sur le marché et de l’entretien des manèges. Ils sont assignés à un secteur géographique particulier. Pour être reconnus, ces bureaux doivent obtenir un agrément auprès d’une commission composée de fonctionnaires du ministère de l’Intérieur et de forains.

En France, il n’existe par ailleurs aucune formation spécifique à l’entretien des manèges. Michel Rousselle, co‐président de Contrôle technique de sécurité (CTS), bureau agréé par l’État, insiste sur la complexité du recrutement. ” J’aimerais embaucher mais je ne trouve pas le bon profil. Il faut être à la fois compétent en électronique, en hydraulique, en pneumatique, etc. Et sans école, c’est compliqué à trouver. C’est à nous de former en interne le bon profil”. Cette “formation en interne” doit ensuite être validée par un collège d’experts agréés par l’État.

  • Les fréquences de vérification

Les manèges subissent deux types de vérification par les bureaux spécialisés. Une vérification initiale et des vérifications périodiques. La vérification initiale doit valider la mise en service du manège. Il ne peut être installé sans l’aval de cette étape. La durée de cette vérification varie selon la complexité du manège, passant de quelques heures à deux jours au maximum. Quant aux vérifications périodiques, elles évoluent selon la catégorie du manège. Pour les manèges à sensations, la vérification doit s’effectuer tous les ans. Pour les manèges “soft”, c’est tous les trois ans. Les communes doivent ensuite s’assurer de la bonne tenue de ces contrôles.

“Lors de nos vérifications, nous devons vérifier absolument tout. La structure, les boulons, le calage, l’hydraulique, l’électronique. On a une check‐list très précise à respecter. En général, il n’y a pas de démontage de l’appareil. Tout se fait à son contact .”

Pascal Copin, responsable technique chez Contrôle technique Delinselle, bureau spécialisé agréé par l’État.

  • Quels responsables en cas d’incident ?

Trois acteurs sont juridiquement attaquables en cas de problème: les bureaux spécialisés, la commune et l’exploitant. Pour autant et dans les — rares — cas d’accidents mortels survenus dans les dernières années, la jurisprudence a, dans la plupart du temps, incriminé l’utilisation du manège faite par le forain, ou l’erreur humaine. “On ne pourra jamais empêcher un gamin de sortir avant la fin du tour. Ou un forain de ne pas prendre assez de précaution avec son manège”, insiste Michel Rousselle.