Canal + privée de Ligue 1 : les fans de foot dans l’expectative

Le groupe espagnol Mediapro a doublé la chaîne cryptée pour l'achat des droits TV du championnat français en mettant 1,1 milliard sur la table. Si la Ligue et les clubs se frottent les mains, les téléspectateurs s'interrogent déjà sur leurs abonnements TV.

Préparez‐vous à ne plus presser la touche 4 de votre télécommande pour regarder la Ligue 1. Depuis l’attribution mardi des nouveaux droits TV mis en jeu par la Ligue de football professionnelle, à partir de 2020, nos soirées foot vont changer de visage. Un mercato qui ne fait pas que des heureux.

  • Canal Plus : le grand perdant

La chaîne cryptée, déjà en grande difficulté, est écartée des droits du foot. Un séisme dans le paysage audiovisuel puisque la chaîne diffusait le championnat français depuis sa création, il y a 34 ans. Le président du directoire du groupe Canal Plus, Maxime Saada, a réagi au micro d’Europe 1 mercredi matin. « Je suis déçu de ne pas avoir remporté les droits. Mais à ces prix‐là, c’était totalement déraisonnable. C’était impossible pour nous de miser de telles sommes et je crois que c’est impossible pour un quelconque acteur de miser de telles sommes ».

Pour Christophe Lepetit, directeur du département économique au CDES (Centre de Droit et d’Economie du Sport) à l’Université de Limoges, Canal Plus va avoir des difficultés à se remettre de cette décision. « Canal Plus est déjà concurrencé sur le cinéma et les séries, explique‐t‐il. Le football est ce qui rapporte le plus à la chaîne. C’est un tremblement de terre.”   

  • Mediapro : l’inconnu qui rafle tout

BeIN Sport, l’autre actuel grand diffuseur du championnat de France, remporte le lot 3 : les matchs du samedi soir et du dimanche à 17 heures. Un minimum, compte tenu du bouquet qu’il propose aujourd’hui. Le grand gagnant se nomme Médiapro. Inconnu en France, le groupe espagnol repris en début d’année par un fonds chinois rafle les matchs les plus importants de Ligue 1 pour la période 2020–2024. L’invité surprise a annoncé vouloir créer une chaîne 100% foot, sans qu’on n’en connaisse encore le prix de l’abonnement. Mediapro pourra aussi sous‐licencier ses droits. En d’autres termes, les revendre à d’autres opérateurs, comme à Canal+ par exemple.

A l’étranger, Mediapro est considéré comme l’un des piliers en matière de contenus sportifs. Anciennement nommé Imagina, le groupe produit notamment des contenus TV, par exemple pour beIN Sports. Il possède aussi des antennes comme Gol, ce qui lui permet déjà de proposer chaque semaine la diffusion de matchs de Liga. Il est également le producteur des chaînes du Real Madrid ou du FC Barcelone.

Mediapro traîne cependant des casseroles. Après avoir battu la chaîne Sky dans l’obtention des droits du football italien, un tribunal de Milan a confirmé début mai la suspension de l’offre de Mediapro sur ces droits TV de Série A (championnat italien), jugeant que la proposition du groupe espagnol avait été faite en violation des lois italiennes. « Le vrai problème, c’est de savoir comment Mediapro va créer de la valeur avec des droits qu’il a surpayé, a réagi Maxime Saada. En Italie, Sky a contesté devant la justice l’attribution des droits du foot italien à Mediapro et a gagné. Canal Plus étudie toutes les options, dont celle d’un recours».

Les clubs se frottent les mains

Cette hausse des droits télé va profiter à l’ensemble des clubs de Ligue 1. Son augmentation de près de 60% a été accueillie favorablement par le président de l’Olympique Lyonnais. « Ça va changer la capacité d’investissement. C’est une évolution significative qui va permettre de mieux payer les joueurs, d’investir dans les infrastructures et d’avoir des clubs plus spectaculaires. (…) On est parfaitement satisfaits. On est peut‐être un peu au‐dessus de ce qui avait été imaginé. »

L’ensemble des clubs de l’élite française devrait être gagnant. A l’heure actuelle, les droits audiovisuels sont répartis en fonction de quatre critères: la part fixe, la licence club (les vingt clubs de L1 ont touché 5,46 millions d’euros chacun la saison dernière), le classement sportif de la dernière saison et des cinq dernières et la notoriété sur les cinq derniers exercices. A partir de 2020, les clubs devraient percevoir au minimum 10 millions d’euros par an.

« La valeur des droits du football français étaient jusqu’à présent très en deçà de ses voisins européens, indique Christophe Lepetit. Avec cette hausse, la France se positionne sur le podium européen, devant le football espagnol ».

Confusion chez les abonnés

Du côté des fans de football, on s’interroge. Eric, 56 ans, est abonné à Canal Plus depuis sa création. La perte des droits de la Ligue 1 par la chaîne cryptée l’amène pour le première fois à reconsidérer sa fidélité. “Pour moi le foot, c’est sur Canal, souligne‐t‐il. Mais l’abonnement est de plus en plus cher. Et pour suivre tous les matchs, il faut trois chaînes différentes, Canal, BeIn et SFR. On arrive à soixante euros par mois”. C’est la première fois qu’il entend parler de Mediasport. “Remplacer une chaîne par une autre? J’ai peur que ca ne change rien. Les gens vont continuer à regarder les matchs gratuitement sur internet. ”

Guillaume, 32 ans, n’a pas attendu la nouvelle pour se désabonner de Canal Plus et se réjouit de l’arrivée de Mediapro. “C’est très bien que les chaînes se tirent dans les pattes. Je pense que ça sert le consommateur. Canal Plus a eu le monopole pendant trop longtemps et souvent les commentaires et les analyses ne sont pas de grande qualité.

“Le football est tellememt populaire que, peu importe la chaîne, les gens suivront, juge Christophe Lepetit. Entre 1 million et demi et deux millions d’abonnés à Canal Plus sont là pour la Ligue 1. Il y a fort à parier qu’une bonne partie s’en aille”.