Violences au travail : les femmes osent de plus en plus parler

Une étude parue ce jeudi montre que les déclarations en ce sens ont quasiment doublé entre 2010 et 2016. Une augmentation qui serait liée à une libération de la parole, selon les associations.

Entre 2010 et 2016, le nombre de femmes qui ont déclaré avoir été victimes de violences physiques sur leur lieu de travail est passé de 25 000 à 48 000, selon une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales publiée jeudi matin. Même tendance du côté des menaces : elles ont bondi de 167 000 à 238 000 déclarations.

Pour Laure Ignace, juriste à l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, ces augmentations ne signifient pas que les violences et les menaces faites aux femmes sont plus nombreuses. « Dire qu’il y a plus de violences quand il y a plus de plaintes n’a aucun sens. Ce sont la honte et la culpabilité qui ont fait que pendant longtemps, les femmes n’ont pas eu envie de se dire victimes de violences », explique-t-elle. Selon la juriste, l’augmentation des chiffres s’explique par une raison : « le seuil de tolérance [des femmes] est moins élevé aujourd’hui. »

Ces déclarations risquent-elles donc encore d’augmenter l’année prochaine, avec la popularité du phénomène #MeToo, ou #BalanceTonPorc en France ? Non, pour Frank Bénéï, responsable de la communication et de la documentation pour le Centre national d’information des droits des femmes et des familles. « On note bien une augmentation des déclarations de violences de la part des femmes, mais elle n’est pas récente. La parole des femmes s’est libérée il y a quarante ans », explique-t-il.

Pour autant, il souligne que cette nouvelle étude a le mérite de montrer que les violences faites aux femmes sont « transversales » à l’ensemble de la société. « Les violences qui touchent les femmes sont présentes dans tous les milieux : privé, conjugal et professionnel », précise-t-il.