Face au risque de crue à Paris, les enfants au gouvernail

Premier risque naturel en Ile-de-France, les inondations inquiètent les autorités. Pour préparer les citoyens à affronter ce phénomène, la préfecture de police de Paris s’adresse… aux enfants. Les ateliers « Plouf 75 » expliquent aux plus jeunes comment agir si la Seine sort de son lit.

Les enfants s’approchent de la maquette. Camions de pompiers, hélicoptères, maisons, passants … Tout y est. La crue est reconstituée. « Et ces Playmobil, qui sont‐ils ? » demande l’animateur. « C’est nous ! » répond le groupe.

Un animateur explique aux enfants les consignes à suivre en cas de crue.

Cette classe de CM2 participe à la cinquième édition de « Plouf 75. » Une série d’ateliers organisés par la préfecture de police de Paris. Objectif de l’opération : sensibiliser les plus jeunes aux risques de crue et d’inondation. Le village‐forum s’est installé sur la place Louis Lépine, dans le quatrième arrondissement de la capitale jusqu’au samedi 2 juin.

Le Jour J, pas de panique

L’animateur a mélangé l’eau avec du chocolat en poudre. Aucun gouter en perspective mais un liquide absolument opaque. « Si vous marchez dans l’eau, vous ne pouvez pas savoir où vous mettez les pieds. Impossible d’éviter de tomber dans les bouches d’égout ! » Le jour J, les enfants sauront quoi faire. Ne pas rester dans les voitures, ne pas s’approcher de l’eau, monter dans les étages … Les huit stands abordent chaque aspect du scénario catastrophe. « Pas question pour autant que ce soit anxiogène », assure Ségolène Lecoq, chargée de l’événement. « Les ateliers se veulent ludiques et pédagogiques. » Les enfants, âgés de 9 ou 10 ans, testent les lits de camp des centres d’accueil et apprennent les gestes de premiers secours. Ils touchent à tout. Mais les écoliers comprennent surtout la nature du phénomène et ses conséquences.

Pour cela, direction la « sandbox. » Cette boîte en réalité augmentée permet aux plus jeunes d’expérimenter et de saisir les conséquences en chaîne qu’entraîne une inondation. Les mains dans le sable, les enfants construisent leur propre ville : rivière, école, hôpital, usines… Des tâches sombres apparaissent peu à peu. Une simulation fait apparaître la crue. « Si la centrale électrique est inondée, tout s’éteint ! » explique l’animatrice. Les habitants n’ont plus de chauffage ni d’eau potable. « Et cela peut durer 2 à 3 mois. » Une petite fille s’exclame : « Mais c’est un retour à la préhistoire ! »

Une prise de conscience nécessaire

La préfecture de police de Paris en est persuadée : les Franciliens n’ont pas encore mesuré le problème. « En cas de crue centennale, les pouvoirs publics seront forcément débordés. » Ségolène Lecoq insiste :  « Il faut que les citoyens soient prêts à s’aider les uns les autres et surtout à ne pas faire perdre de temps aux secours. »

Les inondations se préparent à plusieurs échelles. Depuis une dizaine d’années, la préfecture de police améliore son plan anti‐crue pour coordonner les acteurs franciliens. Un exercice de simulation géant a même été mis en place en 2016. Pompiers, transports, musées… près de 87 opérateurs avaient joué le jeu. Mais sensibiliser le public reste une priorité. 

Un risque réel et probable

Pour Frédéric, chargé d’étude à Météo France, les inondations sont « le risque naturel le plus important en Ile‐de‐France. » La crue centennale de 1910 continue de marquer les esprits et les imaginaires. L’eau était montée à plus de 8,60 mètres, un record qui n’a depuis jamais été atteint. Un tel phénomène a 1% de chance de survenir chaque année. Mais pour immobiliser une ville et ses habitants, pas besoin d’un cataclysme. 

Cent ans plus tard, les conséquences d’une crue majeure seraient bien plus graves. Densité de population, réseaux de télécommunication sous‐terrain… « Je connais les risques et ça m’inquiète ! », affirme Françoise, institutrice dans une école du 15 ème arrondissement, justement située en zone inondable. « C’est sûr, les élèves en parleront chez eux ce soir. » Pour Ségolène Lecoq, les enfants restent le meilleur vecteur de communication. « Ils sont les citoyens de demain ! » « Plouf 75 » est ouvert à tous, gratuitement. Les ateliers s’installeront en juin pour quelques jours en Seine‐Saint‐Denis.

Le village est installé place Louis Lépine (IVe arrondissement de Paris) jusqu’au samedi 2 juin