Sous la Tour Eiffel, les jeunes joueurs de tennis rêvent de Roland Garros

Pendant trois jours, Paris abrite un tournoi pour les tout jeunes champions de tennis, qui n'aura pas d'influence sur leur classement. Une respiration pour ces joueurs, âgés de 11 à 13 ans, pour qui la pression n'est jamais très loin.

Sous les piliers de la Tour Eiffel, les touristes déambulent, le nez en l’air. Mais certains s’arrêtent, étonnés. Des bruits de coups. Des applaudissements. De la terre battue. Un terrain de tennis est installé sous la dame de fer parisienne pour trois jours. Si la plupart des touristes passent leur chemin, quelques-uns ont la curiosité de se poser aux abords du court. C’est le « Longines future tennis aces ». Les meilleurs joueurs de moins de 13 ans, filles et garçons, de 20 pays s’affrontent le temps d’un tournoi. Pour certains, la sélection s’est faite selon leur classement national. Pour d’autres, comme pour les joueurs de Singapour, un tournoi national de qualification a été organisé. A la clé : deux mille euros et la possibilité de jouer face à deux légendes du tennis Andre Agassi et Steffi Graf. Ce vendredi matin, ce sont les filles qui se sont rencontrées pour obtenir leur place en demi-finale.

Les organisateurs ont la volonté de faire de cet événement un tournoi de prestige. Dans les loges, tout est fait pour se croire à un tournoi du grand chelem. Les murs sont blancs, le sol de la couleur du terrain avec du faux gazon comme pour rappeler les couleurs de Roland Garros qui se déroule en simultané à quelques kilomètres de là. Sous la tente, les joueurs côtoient des hommes en costume ou avec un crocodile brodé sur le polo. Les accompagnateurs peuvent aller au bar. Seule différence avec un grand tournoi de professionnel : le champagne est remplacé par du jus de fruit. Pour Hana Sonton, joueuse australienne de 12 ans, ce contexte est exceptionnel : « C’est incroyable de jouer sous la Tour Eiffel ! J’essaye de faire comme si tout était normal mais c’est impressionnant ! »

Du répit pour ces presque pros

La grande différence avec ce tournoi : il est organisé par une marque et non pas par une fédération nationale. Ce qui veut dire que les résultats n’influencent pas les classements des jeunes joueurs. Une pression en moins pour eux. Et donc la possibilité de plus s’amuser. « Ce tournoi est vraiment unique », explique le père et coach de Victoria Jimenez, espagnole de 12 ans. « Habituellement, il faut pouvoir gérer la pression. On fait tout pour qu’elle reste une petite fille mais avec les déplacements, les tournois, la compétition, c’est compliqué. Ici, c’est beaucoup plus amical ». Les futures championnes de tennis sont toutes arrivées en même temps et suivent le même planning, quelque chose qui n’arrive jamais dans un tournoi traditionnel. « Cela permet de leur montrer qu’on peut être en compétition et être amical, bien s’entendre », insiste le coach Jimenez.

L’organisation fait tout pour que les pépites de demain se sentent à l’aise. Les joueuses doivent toutes rester dans les loges, et ce même lorsqu’elles ont fini leur match. Un mot d’ordre : la cohésion de groupe. « Tu sais, tout le monde a dit que c’était un super match », « tu t’es super bien défendue », « tu es une battante ». Tout au long de la journée, les organisateurs vont voir les joueuses et réconfortent les perdantes. Yaima Perez Wilson, joueuse italienne, est en larmes après avoir perdu son quart de finale. Une hôtesse reste à ses côtés jusqu’à ce qu’un sourire se dessine sur son visage. « Elles sont traitées comme des membres de la royauté », plaisante Emma Hayman, manager de la représentante australienne.

 

La pression n’est jamais loin

Quarante joueurs. Vingt nationalités. Un garçon et une fille pour chaque pays. Pour ces joueurs triés sur le volet, le tournoi reste l’occasion de se confronter à de nouveaux adversaires et de se faire repérer. Les sponsors, tellement importants dans ce sport, peuvent venir les voir. Mais l’organisation veut lutter contre ce démarchage et encourage les représentants des marques à rencontrer les futures championnes hors tournoi. Ironique : le nom de la marque à l’origine du projet est affiché absolument partout. Du haut de ses 12 ans, Victoria Jimenez gère cette idée avec une certaine nonchalance : « Je suis déjà sponsorisée par Wilson Espagne. Je sais que Wilson International était là, ce serait toujours bien de les avoir ».

Si tout est fait pour qu’ils s’amusent, ces jeunes sportifs sont presque déjà comme des professionnels. Ces joueurs qui, toute l’année, alternent entre l’école et les entraînements, sont venus pour gagner. « Je pense que quand on veut gagner, il y a toujours de la pression quoiqu’il arrive », explique Sandra Neaf qui réconforte sa fille qui a perdu. Si les touristes regardent le tournoi d’un œil amusé, les jeunes talents sont dans un autre état d’esprit. Entre chaque match, ils restent aux bords du court et scrutent les moindres détails. « J’essaye de comprendre sa façon de jouer, de voir où sont ses faiblesses », explique Victoria Jimenez qui prépare sa demi-finale en analysant le jeu de son adversaire. Entraînée par son père depuis ses 5 ans, la joueuse espagnole garde le sourire pendant qu’elle enchaîne les interviews avec les médias étrangers. En espérant, un jour, avoir le même palmarès que son idole, champion légendaire de Roland Garros : Rafael Nadal.