Alexis Kohler, l’éminence grise d’Emmanuel Macron dans la tourmente

Le secrétaire général de l'Elysée, sous le coup d'une enquête pour "prise illégale d'intérêt" et "trafic d'influence", est l'un des plus proches conseillers du président de la République.

C’est un homme discret. Un an après l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, le grand public connaît Alexis Kohler pour une image : celle de l’annonce, dans la cour du palais présidentiel, de la nomination d’Edouard Philippe au poste de Premier ministre. Une annonce de huit secondes, après plusieurs heures d’attente. Depuis, le secrétaire général de l’Elysée s’est fait discret. Mais, entre les murs du palais, Alexis Kohler a su s’assurer une place de choix dans l’entourage du président. Pour de nombreux observateurs, il est, avec Ismaël Emelien, l’un des deux hommes de confiance d’Emmanuel Macron. Kohler et Emelien sont “les deux hémisphères du président”, selon Benjamin Griveaux, porte‐parole du gouvernement.

Entre Alexis Kohler et Emmanuel Macron, le lien remonte à 2014. Arnaud Montebourg, ministre de l’Economie, lance la fronde contre François Hollande, notamment par sa petite phrase sur la cuvée du redressement. Montebourg débarqué quelques jours plus tard, Emmanuel Macron, proche du président et secrétaire général adjoint de l’Elysée, obtient alors le poste de ministre de l’Economie, et fait d’Alexis Kohler son directeur de cabinet. Une estime réciproque s’installe entre les deux hommes, Emmanuel Macron dressant des louanges à son directeur de cabinet. Les deux énarques se ressemblent. Tous deux sont passés par SciencesPo et l’Ecole nationale d’administration (ENA), à quelques années d’écart. “Merci à […] Alexis Kohler, qui, depuis un peu plus de deux ans, avec un dévouement extrême et une intelligence que j’envie, m’accompagne”, avait notamment déclaré le futur président lors de son discours d’adieu au ministère de l’Economie, en août 2016.

Dès 2015, moins d’un an après le début de leur collaboration, Alexis Kohler fait partie des premières personnes à assister aux réunions préalables à la création d’En Marche !. C’est durant ces rendez‐vous qu’Emmanuel Macron dessine, avec l’aide d’Ismaël Emelien, Julien Denormandie ou encore Stéphane Séjourné, les premières grandes lignes de son futur programme. Deux ans avant l’élection présidentielle, le futur président dispose déjà de sa garde rapprochée, qui lui restera fidèle après l’élection (voir notre infographie).

Quand Emmanuel Macron quitte Bercy, en août 2016, Alexis Kohler prend, comme son patron plusieurs années plus tôt, le chemin du privé. Le futur secrétaire général de l’Elysée devient alors directeur financier de la Mediterranean Shipping Company (MSC), deuxième armateur mondial. C’est d’ailleurs cet emploi et le lien familial qui unit Alexis Kohler au fondateur de MSC (sa mère est la cousine germaine de la co‐fondatrice de la société) qui ont mené Mediapart à enquêter sur lui, et Anticor à déposer une plainte.

Basé à Grenoble puis à Genève, Alexis Kohler ne perd pourtant pas le contact avec Emmanuel Macron. Les deux hommes continuent d’échanger au téléphone et via Whatsapp. Lorsque le fondateur d’En Marche ! lance sa campagne présidentielle, Kohler en devient rapidement l’un des hommes‐clé. Au point que Mediapart n’hésite pas à qualifier son emploi chez MSC, qu’il conserve longtemps, de “pantouflage”.

“Si le président se retourne, Kohler est toujours là”, estime Boris Vallaud, député PS des Landes, cité par Le Monde. Quand des rumeurs évoquent des SMS envoyés par Emmanuel Macron à 3 heures du matin, c’est souvent à Alexis Kohler qu’ils sont destinés. Le secrétaire général de l’Elysée passe près de 16 heures par jour dans les murs du palais présidentiel. “En réalité, le trio Macron‐Kohler‐Emelien dirige la France”, confiait au Figaro, en novembre, un habitué de l’Elysée. Le quotidien affirmait alors que les deux conseillers de l’ombre avaient plus de pouvoir que le Premier ministre, Edouard Philippe.

Cette relation de proximité se retourne aujourd’hui contre Emmanuel Macron. En 2016, il avait envoyé une recommandation à la commission de déontologue de la fonction publique, pour permettre à Alexis Kohler de partir chez MSC. Le futur président n’avait alors pas mentionné le lien de parenté entre son conseiller et les patrons de l’armateur. La confiance aveugle qu’il accorde à son conseiller lui est aujourd’hui reprochée, car Mediapart estime qu’il ne pouvait pas ne pas connaître le conflit d’intérêt qui touchait Alexis Kohler. Une lettre de recommandation qui pourrait, à l’avenir, sérieusement embarrasser Emmanuel Macron.