L’affaire Nadia Daam ou le procès du cyberharcèlement

Mardi, deux personnes seront jugées devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir menacé la journaliste d'Europe 1 sur les réseaux sociaux. Un dossier qui pourrait faire jurisprudence.

Menaces de viol, menaces envers ses enfants, tentative d’intrusion à son domicile… C’est le calvaire qu’a vécu Nadia Daam, quelques heures seulement après son intervention sur Europe 1. Début novembre, la chroniqueuse vient parler du forum 18/25 ans de jeuxvideo.com. Elle dénonce une violente campagne menée par les internautes contre deux féministes. Le forum sur internet est bien souvent pointé du doigt pour les messages de haine qui y sont partagés. Le forum serait un repère d’anti-féministes et d’internautes proches de la fachosphère. Et la journaliste ne mâche pas ses mots : dénonçant « une poubelle à déchets non recyclables d’Internet », elle appelle les participants du forum à « léguer leur cerveau à la science ».

Seulement voilà, les membres du 18/25 ont entendu la chronique… Dans les 48 heures qui suivent, le cyberharcèlement commence. Des centaines d’internautes du forum la menacent de viol, de meurtre. Certains partagent des photomontages pornographiques, d’autres publient une fausse image de la journaliste sur le point de se faire décapiter par l’Etat Islamique. Mais cela ne s’arrête pas au harcèlement en ligne. Son adresse, le nom de sa fille et ses horaires d’activités extrascolaires sont publiés sur les réseaux sociaux. Deux jours après sa chronique, elle est réveillée dans la nuit par de violents coups dans sa porte d’entrée. Elle porte plainte.

La possibilité de faire jurisprudence

Depuis cette affaire, le propriétaire du site jeuxvideo.com, Webedia, une entreprise spécialisée dans les médias en ligne, a réagi. Le nombre de modérateurs en charge de supprimer les publications malveillantes a été augmenté.

Sept mois après le dépôt de plainte de la journaliste, sept personnes ont été arrêtées. Un mineur a été rappelé à la loi, quatre seront jugés dans des tribunaux en province, deux comparaîtront mardi devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils encourent six mois de prison et 7500 euros d’amende. Ce jugement pourrait faire jurisprudence pour le cyberharcèlement, si présent sur internet mais encore si peu sanctionné.