Qui sont ces « chibanis » qui ont fait plier la SNCF ?

En janvier, ces retraités maghrébins avaient remporté un procès contre l’entreprise ferroviaire grâce à leur avocate. Aujourd’hui ils portent plainte contre elle.

« Cheveux blancs » en arabe. C’est ce que signifie le mot « chibani ». Il désigne les travailleurs maghrébins, arrivés pendant les Trente Glorieuses, maintenant retraités. Ils auraient été entre 800 000 et 850 000. En 2001, ils sont près de 900 à envoyer la SCNF devant les prud’hommes. En cause : ils estiment avoir subi des discriminations de la part de l’entreprise ferroviaire.

Les chibanis, malgré leur travail de cheminots, avaient en réalité été embauchés sous contrat de métallurgie. Un contrat qui ne permettait à l’époque pas autant d’avancées professionnelles. Ils devaient travailler sept ans de plus pour atteindre la même retraite que leurs collègues français. L’avocat des chibanis avait évalué entre 300 et 450 000 euros de préjudices pour chacun de ses clients, soit plus de 300 millions d’euros pour l’ensemble.

Le 21 septembre 2015, le tribunal correctionnel de Paris juge la SCNF coupable dans neuf cas sur et dix et la condamne à payer plus de 170 millions d’euros. Deux mois plus tard la SNCF fait appel de la décision. Le 31 janvier 2018, la cour confirme la condamnation de la SNCF qui renonce à se pourvoir en cassation.

L’avocate des victimes chibanis avait alors dénoncé « un système de discrimination orchestrée historiquement ». Mais aujourd’hui c’est cette même avocate, Maître Clélie de Lesquen‐Jonas, qui est au cœur du scandale. Vingt‐deux des chibanis qu’elle a défendu ont porté plainte contre elle. Ils l’accusent d’abus de confiance. L’avocate leur bloquerait l’accès aux indemnités promises par la SNCF. Ces dernières ne seraient disponibles que si les chibanis payent des honoraires à l’avocate à hauteur de 5%. Me de Lesquen‐Jonas dénonce une « fake news ».