Aux Philippines, des déchets recouvrent entièrement une rivière

Une épaisse couche d’ordures flotte sur l’Estero de Magdalena, un cours d’eau d’un bidonville de Manille. L’absence de politique concrète et de sensibilisation sur la gestion des poubelles gangrène les Philippines et l’Asie en général.

Bouteilles et sacs en plastique, emballages de plats à emporter et matériaux en tout genre. Aux Philippines, l’Estero de Magdalena est méconnaissable. Une couche poreuse flotte à la surface de cette rivière qui traverse un bidonville de Manille.

La municipalité pointe la responsabilité des habitants du bidonville. Selon elle, ces personnes utilisent l’Estero de Magdalena, un affluent du Pasig, le plus grand fleuve de Manille, comme une poubelle géante. Afin d’éviter que les déchets ne continuent leur route vers l’aval, les autorités ont mis en place des barrages anti-pollution. Les gens “transforment les cours d’eau en poubelle”, se lamente Lorenzo Alconera, membre des services de l’ingénierie de la capitale. “Nous voulons bloquer les déchets pour les ramasser plus aisément. On ne veut pas qu’ils s’écoulent dans le Pasig.

Après une longue traversée,  ces déchets terminent leur course en mer de Chine méridionale ou dans le Laguna de Bay, le plus grand lac du pays. La municipalité affirme qu’elle nettoie fréquemment le cours d’eau avec des équipements lourds.

Pas de quoi rassurer les habitants du bidonville. D’autant que ces déchets sont vecteurs de maladies comme le choléra et la fièvre typhoïde. Sans compter le fait de vivre constamment avec une odeur nauséabonde. “On ne peut pas dormir correctement à cause des ordures. Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, il y a des odeurs”, affirme  à l’AFP Marlyn Estrada Calderon, une vendeuse de 35 ans.

Les mers poubelles d’Asie

Les Philippines ne sont pas un cas isolé. Les mangroves au Vietnam sont submergées par une multitude de déchets. Il y a trois jours, une baleine est morte au large de la Thaïlande après avoir ingurgité 80 sacs plastiques.

Selon l’ONG de référence Ocean Conservancy, la Chine, l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam rejettent chaque année plus de quatre millions de tonnes de plastique dans les mers du monde, soit la moitié du total des rejets mondiaux. Sans aucune réaction, ce sont 250 millions de tonnes de déchets plastiques qui seront accumulés dans les eaux du globe d’ici 2025.  “Nous sommes en plein dans une crise de pollution plastique, on en voit partout, dans nos rivières, dans nos océans, partout”, souligne Ahmad Ashov Birry de Greenpeace.

Une pollution qui détruit la pêche

Et les premiers à subir les effets de cette pollution, ce sont les habitants de ces régions, notamment les pêcheurs. Au Vietnam, Nguyen Thi Phuong a ainsi vu son espace de pêche devenir, au fur et à mesure, une décharge à ciel ouvert. Un récent rapport de l’ONG World Animal Protection souligne la dangerosité des filets de pêche abandonnés en mer, qui font partie des polluants plastiques.

Pour John Tanzer de l’ONG WWF, la mort de la baleine en Thaïlande n’est que “la partie visible de l’iceberg”. “La pollution de nos océans est si grande que cela touche désormais tous les niveaux de l’écosystème, des plus petites créatures aux baleines”, explique-t-il.

L’eau douce subit aussi les effets de cette pollution. Les microparticules des sacs plastiques se désagrègent chaque jour dans les eaux que boivent quotidiennement des millions d’Asiatiques.