Orthographe : les inégalités socio-culturelles mises en évidence

Un rapport du Baromètre Voltaire publié ce mardi montre que les règles d'écriture sont mieux maîtrisées chez les personnes qui étudient la musique et passent moins de temps devant la télé.

Un bilan du niveau d’orthographe des Français. Le Projet Voltaire, une plateforme en ligne offrant une remise à niveau en orthographe, a publié ce mardi son Baromètre. Les 7862 personnes sondées ont été évalués sur leur connaissance de 84 règles fondamentales de l’orthographe, grammaticales ou lexicales (vous pouvez tester vos compétences ici !)

Des questions de génération (les 55 ans et plus seraient plus compétents que leurs cadets), de genre (les femmes maîtrisent mieux les règles grammaticales que les hommes) mais aussi de localisation géographique semblent déterminer le niveau d’écriture des Français. Ainsi, selon le baromètre, les habitants de l’est de la France ont une plus grande aisance en orthographe que leurs compatriotes.

En regardant de plus près les conditions d’apprentissage de la langue, le rapport laisse transparaître les inégalités liées au milieu social et familial des personnes interrogées.

Musique, latin et grec

L’apprentissage du grec et du latin permettent une meilleure maîtrise de l’orthographe. Selon le rapport, les personnes ayant étudié ces langues anciennes écrivent mieux la langue française. En cause : l’étymologie en grec et en latin, « qui apporte de précieux repères pour rédiger avec assurance en limitant les fautes », explique le rapport.

Même constat côté culturel. Si l’on en croit le rapport, les personnes qui regardent la télévision avec modération écriraient mieux. Ainsi, 44,8 % sondés qui consomment ce média plus de trois heures par jour maîtrisent les règles fondamentales de l’orthographe, contre 49,8 % pour les personnes qui y consacrent moins d’une heure quotidienne. Autre exemple avec la musique : les personnes qui jouent d’un instrument de musique seraient plus à l’aise en français. Un quart des sondés sont concernés dans le Baromètre Voltaire et ils sont plus d’un sur deux à maîtriser les règles de grammaire et conjugaison. Selon le projet Voltaire, les leçons de musique chez les enfants aident à améliorer « l’intelligence verbale et la mémoire à court terme ».

« Des facteurs discriminants »

Julien Soulié, collaborateur du projet Voltaire et professeur de français, reconnaît l’existence de « facteurs discriminants ». « Le déterminisme socio-culturel existe. Dans les milieux socio-familiaux où on a des livres à disposition, où on visite des musées, où on a une ouverture culturelle », l’aisance dans certaines matières en découle, « en français comme dans d’autres domaines. »

Julien Soulié l’affirme : les professeurs doivent participer à « combler le fossé, mais c’est difficile. » La raison : une mixité scolaire peu présente et des enseignements moins approfondis que par le passé. Les élèves de primaire n’ont plus six heures de français par semaine, mais trois. « Mes collègues le disent : on nous fait tout faire, un peu de français, de maths, d’écologie, de citoyenneté… C’est très intéressant, mais peut être que les premières années, on pourrait se concentrer sur les fondamentaux, au moins le français. Sans cela, on ne peut pas faire de maths, de géographie, raisonner et s’exprimer correctement. »