Guatemala : comment prédire les éruptions volcaniques

L’explosion du volcan de Feu a causé la mort de plus de 75 personnes. L’éruption a surpris les autorités, alors que les techniques pour anticiper les coulées de lave et les projections de roche existent.

Le Volcán de Fuego (ou volcan de Feu), au Guatemala, est entré en éruption le 3 juin : près de 200 personnes sont toujours portées disparues, et 75 personnes sont mortes. Selon la Coordination nationale de lutte contre les catastrophes naturelles (Conred) guatémaltèque, l’évènement a affecté 1,7 million de personnes, sur les 16 millions que compte la population du pays. Un bilan particulièrement élevé au vu des moyens techniques existants. Les méthodes de prévision des éruptions volcaniques et de prévention des risques sont plutôt fiables.

Concernant 90 ou 95 % des volcans, si on a le matériel de collecte des données et les moyens humains de les analyser, explique Jacques Zlotnicki, vulcanologue de l’Observatoire de physique du globe de Clermont-Ferrand (OPGC), on peut prévoir l’éruption.” Seul cas vraiment délicat, selon le spécialiste : l’éruption phréatique. Dans ce cas de figure, une masse d’eau contenue dans le sous-sol du volcan peut chauffer à proximité de la lave et exploser en surface. “Dans le cas d’une éruption phréatique, la situation peut changer en l’espace de quelques heures, voire en une demi-heure. Ce laps de temps, pour comprendre le risque et alerter la population, est très court.” Mais ce n’était pas le cas de l’éruption de dimanche.

La première chose, pour savoir si un volcan présente un risque, c’est de regarder son histoire passée, analyse Jacques Zlotnicki, pour connaître l’activité du volcan et surtout l’intensité de ses phases actives.” Ensuite, tout un ensemble de techniques permettent de tirer le signal d’alarme. “On implante des équipements sur les volcans, qui obtiennent des données toutes les minutes, voire plus fréquemment pour les sismographes.” Les sismographes sont les appareils qui mesurent en continu les vibrations du sol. Dans la même veine, d’autres instruments mesurent l’écartement des fissures à la surface des volcans, les déformations du sol, ses variations de température, etc. “On scrute aussi en permanence l’activité électrique en profondeur.

Des phénomènes très brutaux

Ces données sont ensuite transmises à des observatoires régionaux ou nationaux. “Ensuite, il faut du personnel pour analyser ces données. La mesure du terrain et l’analyse en laboratoire sont deux jambes d’un même corps.” Pour le vulcanologue, il faudrait que les volcans soient ainsi étudiés quotidiennement, ou au moins hebdomadairement. Une variation de l’activité sismique, un changement dans la composition des fumerolles du volcan, peuvent ainsi alerter la communauté scientifique plusieurs jours avant une catastrophe.

Pour prévenir les risques, il faut donc du matériel, du personnel, mais aussi une bonne connaissance dudit volcan. “Cela ne suffit pas de disposer de toutes les mesures possibles, si on n’a pas la connaissance du dynamisme éruptif du volcan”, précise bien le chercheur. Le dynamisme éruptif, c’est la manière dont le volcan se comporte lors d’une éruption. Est-ce qu’il y aura des coulées de boue lente ou des projections de roches ? Dans quel sens vont-elles aller ? Quelle sera la composition chimique du magma ? Toutes ces questions permettent d’anticiper avec précision les dangers que présentera un volcan en activité. “Dans le cas du Fuego, il y a eu des phénomènes très brutaux de lahars. Ce sont des coulées de boue d’origine volcanique, prévisibles avant l’éruption. Mais une fois que les glissements de terrain commencent, les lahars sont très rapides…”, commente Jacques Zlotnicki. Très violentes, ces coulées ont contribué au bilan humain élevé du drame guatémaltèque.

Au lendemain de l’éruption, le président du Guatemala Jimmy Morales a qualifié l’explosion du volcan de Feu de “tragédie”. L’état de catastrophe naturelle a été déclaré dans les trois départements les plus touchés.