Affaire Weinstein : quelle prise en charge des agresseurs ?

Un an après les révélations concernant le célèbre producteur hollywoodien, la prévention des agressions sexuelles est passée sur le devant de la scène, mettant souvent de côté la question de la prise en charge des agresseurs. Visés par une injonction légale de soins, ils sont pourtant suivis par des psychiatres.

Soigner un auteur d’agression sexuelle plutôt que le culpabiliser. C’est la démarche privilégiée par le système judiciaire aujourd’hui. Tout juste un an après l’éclatement de l’affaire Weinstein, les victimes ont de plus en plus pris la parole, mettant en lumière l’ampleur des violences sexuelles. La façon dont les auteurs de ces abus sont pris en charge est, en revanche, peu évoquée.

Depuis vingt ans cette année, la loi d’injonction de soins impose un accompagnement médical pour les personnes reconnues coupables de viol, d’agression ou d’exhibition sexuelle et qui sont soumises à un suivi socio‐judiciaire. Concrètement, après une peine d’emprisonnement ou en parallèle d’un sursis, les agresseurs condamnés par la justice doivent suivre des séances de soins auprès d’un psychiatre et/ou au sein d’un groupe de parole souvent mis en place par un institut médico‐légal.

« Même s’il est difficile d’être empathique avec quelqu’un qui a commis un acte grave, la dimension humaine de chacun doit être conservée. On ne peut pas recevoir un patient dans son cabinet en le considérant comme un monstre. » Serge Drylewicz, psychiatre, accompagne des auteurs d’agressions sexuelles depuis de nombreuses années dans son cabinet de Tours. Pour lui, la thérapie ne permet jamais à un agresseur de mettre complètement fin à ses pulsions, mais elle l’aide à « reprendre conscience d’un interdit » et à ce qu’il « comprenne pourquoi » il commet des abus sexuels.

« SOIGNER PLUTÔT QUE RÉPRIMER »

Bien qu’ils soient aujourd’hui systématisés pour de nombreux auteurs, « il n’y a pas de soins type », affirme Serge Drylewicz. « En fonction du profil du l’accusé, il existe beaucoup de possibilités. Les soins peuvent durer le temps de la probation ou du sursis, mais ils s’étendent en général sur une longue période, souvent des années », explique Maître Anne Bautheac, avocate en droit pénale, spécialisée dans les violences faites aux femmes. 

En proposant un tel suivi, l’objectif est de « soigner et non plus de réprimer », soutient Serge Drylewicz. « Je suis actuellement plusieurs auteurs d’agressions auprès de mineurs. Certains essayent de se justifier, mais ce sont des gens qui ont en général conscience que ce qu’ils font n’est pas bien et qui disent leur souffrance. » Les agresseurs ne sont dans ce cadre plus vus comme des prédateurs, mais comme des « malades à accompagner ».

Un aspect souvent oublié, selon lui, dans les débats qui ont suivi l’affaire Weinstein. « J’ai le sentiment que dans la manière dont les choses sont présentées, on étouffe le côté pathologique de certains comportements abusifs », soutient le psychiatre.

« PRENDRE LE PROBLÈME À LA RACINE »

Une démarche saluée par la fondatrice de l’association de lutte contre les violences faites aux femmes En Avant toutes. « Pour éradiquer le viol, il faut s’occuper des victimes, mais aussi des agresseurs », soutient Ynaie Benaben. Elle est toutefois en partie trompeuse, selon la jeune femme. « L’accompagnement est proposé uniquement aux personnes qui ont été condamnées, donc un pourcentage risible par rapport à la taille des auteurs de violences sexuelles et de genre », nuance‐t‐elle.

Pour la militante féministe, cette prise en charge reste surtout une solution « d’après-coup » qui ne « prend pas le problème à la racine. » Pour elle, le plus important reste de favoriser une plus grande prévention auprès des adolescents afin de repérer de futurs potentiels agresseurs. « Pour un changement à grande échelle, il faudrait éduquer les jeunes hommes à ce qu’est le consentement et à l’égalité entre les femmes et les hommes. » Une démarche qu’elle réalise déjà avec son association : « On intervient dans les lycées pour créer un espace de réinvention des rapports sociaux sans violence et montrer que c’est bénéfique pour tous. »

Depuis un an, la jeune femme se félicite malgré tout de constater que, grâce au mouvement MeToo, les débats sur le sujet se font plus fréquents. « On se pose de plus en plus de questions sur la racine du problème. »