Au Kiez Biergarten, la balle est dans le camp des Français

Mardi soir, la France affronte l’Allemagne dans le cadre de la toute nouvelle Ligue des Nations, mais le Kiez Biergarten n’accueille pas les clients que l’on pourrait croire : dans le bar allemand, ce sont les supporters français qui donnent de la voix.  

« OUAAAAIS !! » La clameur supportrice envahit le Kiez Biergarten, déborde sa déco bavaroise traditionnelle, fait vibrer ses drapeaux allemands fixés aux murs. Et pourtant… ce que l’on célèbre de vive voix, c’est l’égalisation d’Antoine Griezmann, le Bleu numéro 7, face à la Mannschaft. Car dans le bar situé à deux pas de la station Guy Môquet, dans le 18e arrondissement de Paris, seuls les serveurs parlent allemand. Le reste de ses occupants baragouinent au mieux un « Ein Bier bitte », accoudés au comptoir, où la Paulaner coule à flots dans les chopines à hanse -typiquement allemandes, faut‐il le préciser.

« J’viens ici surtout pour l’ambiance ». Vincent, la trentaine, est franco‐français. Bon, certes, il a passé un an en échange Erasmus à Passau, en Allemagne « mais à part ça… ». « J’te mets au défi de trouver un bar avec un écran géant dans tout Paname », se justifie le jeune homme, en sirotant sa pinte, de laquelle dépasse un cure‐dent géant surmonté d’un bretzel (ici, prononcez « Pretsel »). Il jette un coup d’œil alentours : « c’est vrai que c’est plutôt calme, là. Je viens depuis 2014. J’me rappelle de matches de Bundesliga (la « Ligue 1 » allemande, NDLR) pendant lesquels les serveurs pouvaient même pas se déplacer. »

« C’est un bar allemand, ‘faut faire avec »

Ce n’est pas Mathieu, ancien de L’Equipe, qui le contredira. Tout en mastiquant son schnitzel -qui fait la taille de son avant‐bras -, le quarantenaire à la tignasse blonde crie pour couvrir les kommentär des journalistes de la Eins, qui s’enthousiasment de la performance des Allemands. La Mannschaft mène en effet 1–0, au Stade de France, après un but sur penalty. « La question à poser, c’est : “quelle ambiance y avait ici à la Coupe du Monde ?” Pas grand‐chose, je pense. Faut dire qu’ils ont été dégagés plutôt rapidement. En fait, le public s’est un peu déplacé vers le Kriez Biergarten, l’autre bar de la chaîne. Avant, ici, je voyais des parents allemands, qui amenaient parfois leurs gosses ! »

C’est vrai que, pour le moment, l’ambiance est plutôt ruhig (calme, pour les non germanophones), outre‐rhin. Les seuls éclats de voix sont le fait des supporters français, amassés devant le comptoir, qui s’enthousiasment de chaque arrêt de génie d’Hugo Lloris, de chaque dribble périlleux de Paul Pogba.

Et lorsque « Grizou » inscrit le doublé, le moins que l’on puisse dire est qu’ils laissent s’exprimer leur joie. La serveuse, tresse blonde battant sur ses épaules au rythme de ses va‐et‐vient entre le comptoir et la terrasse, a beau leur rappeler, malicieuse, que : « C’est un bar allemand, ‘faut faire avec ! », rien n’y fait. Dans le bar, on continue de chanter à la gloire de Benjamin Pavard.

« Retourne jouer au handball »

« Les allemands ont été un peu échaudés par les mauvais résultats de la Mannschaft ces derniers temps », explique un serveur, en redressant ses lunettes. « En plus, beaucoup d’entre eux viennent surtout pour les matches de Bundesliga. Le Bayern Munich a beaucoup de succès. » Soudain, il s’interrompt : un Bleu est à terre, fauché par le tacle assassin d’un Allemand. Aussitôt retentit dans le Kiez un « Retourne jouer au handball » alcoolisé suivi d’éclats de rires. Le serveur sourit, et reprend : « Bon, de manière générale, l’ambiance reste bon enfant… »

Crédit photo : Marco Verch