La trottinette, « une solution à la congestion automobile »

Les trottinettes envahissent nos rues. Jérôme Monnet, professeur à l’École d'Urbanisme de Paris, membre du laboratoire "Mobilités urbaines pédestres" et directeur de la revue Espaces & sociétés, nous explique cet engouement et ses conséquences.

  • Comment expliquer cette soudaine popularité pour cet outil de mobilité?
    C’est un outil peu coûteux à l’achat, léger et pliable. On peut le porter avec soi dans les escaliers, les ascenseurs, les bus, et le ranger facilement dans les coffres ou placards. Ca permet d’aller deux fois plus vite que la marche (quand non motorisé) et concurrence la vitesse du vélo pour les versions électriques. La trottinette permet une mobilité rapide, écologique et très économique et a l’avantage qu’on peut la prendre avec soi dans les transports collectifs pour les grandes distances — utile hors du centre‐ville dans les espaces urbains moins denses!

 

  • Utilisé comme jouet par les enfants depuis plus d’un siècle, pourquoi son usage a‐t‐il changé?
    Le grand changement est observable depuis moins de dix ans à Paris: la trottinette devient un moyen de déplacement, à la fois pour aller à l’école et pour les déplacements intra‐urbains des adultes. Ce nouvel usage est lié à la floraison de nouveaux micro‐véhicules unipersonnels, symbolisée par l’introduction du Segway (ou gyropode) au début du 21e siècle, suivie d’une diversification des formes avec moteurs gyroscopiques logés dans les roues. Simultanément des objets anciens comme les skate‐boards ou les vélos étaient réactualisées en version électrique. Pour des trajets courts et multiples c’est une solution à la congestion automobile, au danger et aux nuisances des motos et scooters, à la saturation des transports collectifs.

 

  • Quels défis amènent‐ils en ville ?
    D’abord des problèmes de circulation: la vitesse des trottinettes est dangereuse pour les piétons quand elles circulent sur les trottoirs; il faudrait les obliger à aller sur la chaussée, ce qui déplace le danger et obligera à ralentir tous les véhicules autour de 25–30km/h.
    Et aussi des problème de stationnement! Si elles se multiplient, il faudra créer des espaces dédiés pour éviter l’encombrement des trottoirs, déjà observable avec les outils de mobilité en « free‐floating ». Il y a aussi un problème de santé publique: les gouvernements nationaux et locaux s’efforcent de promouvoir les « modes actifs » (marche, vélo) pour lutter contre la sédentarité, ce que ces développement motorisés compromettent en offrant une solution de facilité aux usagers.

Crédit photo : jean‐louis Zimmermann