Propos sexistes de Balbir: “Les choses changent, mais lentement”

Denis Balbir a une nouvelle fois créé la polémique. « Une femme qui commente le foot masculin, je suis contre » a‑t-il affirmé mardi, sur le plateau de Buzz TV. Les déclarations du journaliste sportif ont immédiatement causé de vives réactions. Elles ont notamment provoqué l’ire de l’équipe de footballeuses parisiennes, Les Dégommeuses, qui se sont fendues d’un tweet pour dénoncer ces propos sexistes. Veronica Noseda est l’une des membres fondatrices de cette équipe militante. Elle déplore la lente évolution des mentalités machistes dans le monde du sport.

Comment avez-vous réagi aux propos de Denis Balbir ?

L’association a tweeté pour lui montrer qu’on se fiche de ses remarques! Les journalistes sportives n’ont pas attendue d’être adoubées par Denis Balbir pour aller exercer leur métier .… Ce qu’il a dit n’est rien d’autre que le reflet d’un vieux monde misogyne qui résiste encore mais qui, j’espère, est en voie de disparition. Malgré tout, il a fait machine arrière en revenant sur ses déclarations et c’est très bien. C’est révélateur de l’impact qu’ont eu les réactions.

Les déclarations de ce  genre demeurent-elles récurrentes, ou constatez-vous une évolution des mentalités ?

Un peu des deux. Les attitudes sexistes dans le milieu sportif sont légion ! Il n’y a qu’à voir la faible présence des femmes dans les instances ou médias sportifs. Et elles sont généralement raillées par leur collègues masculins. D’un autre côté, il y a une sensibilité plus grande aujourd’hui. Par exemple, les propos de Denis Balbir qui, il y a 10 ans, seraient passés comme une lettre à la poste, sont épinglés et critiqués. Les choses changent, mais lentement.

Les Dégommeuses ne se résument pas à une équipe de football, vous êtes aussi engagées contre le racisme, pour la reconnaissance des femmes et de la communauté LGBT.…D’ailleurs vos tweets sont très engagés, rarement en rapport avec le sport. On a du mal à déterminer si vous êtes une association avant tout sportive ou militante…

 (Rire) Disons qu’on est une association qui milite à travers le sport. Quand on est une femme, et particulièrement une femme lesbienne, ou un garçon trans, on est forcément plus activiste. À l’origine, Les Dégommeuses, c’est une bande de copines qui, en 2010, a décidé de jouer au foot. Mais on est des femmes politisées, sensibles aux questions du sexisme, de l’homophobie ou du racisme. La nécessité d’ajouter des activités militantes à cette équipe de foot s’est imposée rapidement. À côté de nos deux entraînements hebdomadaires, on se réunit pour discuter des problématiques qui nous tiennent à cœur ou pour organiser des événements. On a par exemple récemment participé à une manif pour les droits des réfugiés transsexuels. L’association essaye aussi d’être présente dans les médias, de rédiger des tribunes…

Concrètement, comment vous servez-vous du sport pour lutter contre le sexisme ?

Cette lutte se traduit par une équipe féminine dans laquelle le soutien tient une place centrale. Une équipe dans laquelle il n’y a ni propos sexistes, ni propos homophobes ou racistes. L’association est un refuge pour certaines d’entre nous qui subissent des discriminations. Notamment les femmes étrangères qui ont fui leur pays en raison de leur orientation sexuelle. On met des dispositifs en place pour qu’elles puissent venir entraînement avec nous. Par exemple on offre de l’équipement ou des pass Navigo.

Lors des entraînements, vous partagez le terrain avec des équipes masculines. Faites-vous face à des propos ou des attitudes sexistes?

Oui, c’est parfois un peu tendu. Le plus souvent, ils nous poussent à libérer le terrain alors que notre heure d’entraînement n’est pas finie. C’est très classique… Et ils ne font jamais cela avec d’autres équipes masculines. Mais généralement, on arrive à avoir des discussions plutôt sympas. Cela dépend des équipes.

Quels sont les préjugés que vous entendez le plus souvent sur les footballeuses ?

Il y a souvent l’idée que certains sports sont uniquement réservés aux garçons. On entend des remarques du style : « quand on est une femme on ne peut pas être une footballeuse ». Il y a aussi ce fantasme de la footballeuse lesbienne. Ce que nous sommes en grande partie et nous le revendiquons. Mais cette image a été construite un peu comme un repoussoir ultime de ce que ne doit pas être une femme, avec l’idée qu’une lesbienne qui joue au foot est forcément moche ou bâtie comme une masse.

En juin 2019, la France accueille la Coupe du Monde du football féminin. Y voyez-vous une opportunité de promouvoir le sport féminin ?

Tout à fait ! La victoire des bleus cet été aura peut-être un effet d’entraînement des foules pour suivre le championnat, qui sait ? On l’espère en tout cas. Et puis nous allons monter un projet autour de cette compétition. Je ne peux pas m’étendre sur la question, car nous n’en sommes qu’aux prémices de l’organisation. Mais cela va principalement se traduire par une campagne d’affichage sur la thématique de l’image des footballeuses.

Vos places doivent déjà être réservées…

On va le faire sous peu ! On va toutes voir la finale à Lyon !