Toguz‐korgool et kokborou : au Kirghizistan, les nomades ont leurs JO

Des Français ont participé aux derniers Jeux Olympiques nomades, au Kirghizistan, entre entraînements à base de farfalle, lancer de chèvres et autres sports millénaires.

Les Nomades Games, ou Jeux internationaux de sports nomades se tiennent depuis 2014 au Kirghizistan. Lors de l’édition de septembre 2018, cette compétition de sports traditionnels a réuni près de 2000 athlètes venant de 82 pays. Ils ont concouru dans une trentaine de disciplines traditionnelles, incluant arts martiaux, lutte, équitation, archerie, mais aussi jeux “intellectuels”.

Cette année, pour la première fois, deux équipes de Français ont participé à cette olympiade de sports nomades. L’une a brillé à l’exercice du toguz‐korgool, tandis que sept vaillants cavaliers se sont essayé au kokborou.

Mais qu’est-ce ? Le kokborou, aussi appelé bouzkachi en Iran, est un jeu équestre de tradition ancienne, populaire en Asie Centrale, dont le horse‐ball français est une version édulcorée qui se joue avec un ballon.

Huit cavaliers s’affrontent en général sur le terrain. L’objectif est de se saisir du cadavre d’une chèvre décapitée pour le lancer dans le taï‐kazan (un but en forme de puit). Lors des compétitions officielles, la carcasse de chèvre pèse autour de 30 kg contre une soixantaine de kilos traditionnellement. A noter : il est désormais interdit de frapper ses adversaires à coup de cravache. L’animal est égorgé avant le match, puis dégusté après le jeu pour célébrer l’exploit. Pas de gâchis.

Les irréductibles Gaulois

L’équipe française qui s’était initialement rendue au Kirghizstan pour des démonstrations de horse‐ball afin de populariser le sport, a finalement décidé de participer à la compétition de kokborou pour ne pas se comporter en “petits occidentaux qui amènent leur sport pour remplacer un sport sauvage.”

Les athlètes français, Agathe Lafont, Marie Reverchon, et Mathieu Nohet, se sont aussi fait remarquer au toguz‐korgool, un jeu de société traditionnel qui se joue avec un plateau en bois comportant deux rangées de neuf trous et deux “kaznas” entre ces deux rangées, dans lesquelles sont réunies les pierres capturées par chaque joueur.

Ils se sont retrouvés là après avoir sympathisé avec un kirghize lors d’une soirée londonienne. “C’est lui qui nous a appris à jouer au toguz korgool et nous a convaincus de nous inscrire comme athlètes aux Jeux de 2018,” explique Agathe, jeune urbaniste parisienne. Les trois athlètes ont donc intensifié leurs entraînements pendant l’été, après s’être confectionné un plateau avec des moules à gâteaux et des farfalle.

“La cérémonie d’ouverture était incroyable. Plus de 1500 danseurs sur scène ! Et il y avait aussi les présidents hongrois, turc, et kirghize : Viktor Orban, Recep Tayyip Erdoğan, et Sooronbay Jeenbekov” raconte la participante. Elle a même gardé contact avec un des arbitres, avec qui elle communique en kirghize grâce à des outils de traduction en ligne. Il l’aidait en effet après ses matches en lui indiquant ses erreurs.

Agathe Lafont et Marie Reverchon ont ainsi fini 8e sur 16 participants et envisagent de se préparer assidûment pour les prochains jeux, qui se dérouleront en Turquie en 2020.

Crédits photo : Ambassade de France du Kirghizstan