W Series : plus de femmes au volant ?

Seulement deux femmes ont pris le départ en Formule 1 en 68 ans d'histoire. Pour remédier au manque de femmes dans les sports motorisés, un championnat leur sera dédié à partir du printemps 2019.  Une fausse bonne idée ?

Michael Schumacher, Sebastien Loeb, Lewis Hamilton… Les courses automobiles ont beau être mixtes, peu de femmes y participent. L’annonce mercredi 10 octobre de la création d’un championnat de course automobile réservé aux femmes a relancé le débat dans le milieu. La compétition, nommée «W Series » pour women‐only (uniquement les femmes), veut leur permettre de « briser le plafond de verre » les empêchant d’accéder aux courses les plus connues. La première édition devrait avoir lieu dès l’année prochaine, de mai à août, dans différentes villes européennes.

Le projet, porté par des champions de Formule 1, comme l’Écossais David Coulthard, affiche clairement sa volonté de favoriser la participation des femmes dans les sports automobiles. Les courses de Formule 1 sont mixtes, pourtant seules six femmes ont déjà roulé un week‐end de Grand Prix. Et, en 68 ans d’histoire, seulement deux se sont retrouvées sur une ligne de départ : Maria Teresa de Filippis en 1958 et Lella Lombardi en 1975 et 1976.

Les organisateurs du W Series veulent mettre un coup de frein à cette réalité, comme l’explique David Coulthard dans un communiqué : « A l’heure actuelle, pourtant, les femmes pilotes de courses ont tendance à atteindre un plafond de verre, au niveau de la Formule 3 (…), souvent plus par manque de fonds que par manque de talent ». Les sports automobiles sont effectivement très coûteux, et les femmes pilotes ont souvent du mal à trouver des sponsors pour les financer. Le championnat sera doté de 1,5 million de dollars de prix, dont 500 000 pour la pilote victorieuse du classement général.

« Une fille n’a pas à être devant »

La nouvelle n’est pourtant pas toujours bien accueillie dans le milieu, notamment par les premières concernées. Pippa Mann, une pilote de kart britannique a réagit sur Twitter lors de l’annonce : « Quel triste jour pour le sport automobile. Ceux qui ont les fonds pour aider les pilotes féminines choisissent de les isoler plutôt que de les soutenir. Je suis profondément déçue d’assister de mon vivant à un tel retour en arrière. »

D’autres sont moins catégoriques mais restent dubitatives devant une telle annonce. C’est le cas de Lilou Wadoux, une pilote française de 17 ans. « Je ne vois pas trop l’utilité de mettre les femmes ensemble alors que le sport automobile est l’un des rares à être mixte, nous confie‐t‐elle. Mais trouver un financement et des sponsors quand on est une fille, c’est encore plus compliqué. Alors si ce championnat peut donner un coup de pouce, ça peut‐être une solution. »

Après avoir commencé par le karting, la lycéenne s’est mise aux courses en Peugeot 208. Les week‐ends, elle écume les compétitions mais croise rarement d’autres femmes sur la route : « Souvent je suis la seule fille, et pas forcément bien accueillie. On m’a plusieurs fois dit qu’une fille n’a pas à “être devant” ».  Financement, manque de représentativité et sexisme ambiant, la route du sport automobile est semée d’embûches pour les pilotes féminines qui doivent slalomer entre les obstacles avant d’atteindre la ligne d’arrivée.

Vers une révolution dans le sport automobile ?

L’annonce de la création du championnat W Series n’est pas la seule initiative qui a été mise en place pour mieux intégrer les femmes dans le sport automobile. En février 2018, le nouvel organisateur de la F1 Liberty Media, a supprimé le rôle des grid girls. Placées sur les circuits aux côtés des carrosseries, leur physique était mis en avant pour orienter les pilotes et les spectateurs. Là encore, tout le monde n’avait pas approuvé la fin de cette « tradition », comme la pilote Susie Wolff qui argumentait que cela faisait « partie du glamour » de ce sport.

 

Crédit photo: W Series