5 faits incontournables sur l’infréquentable Robert Faurisson

Connu pour ses thèses contestant le génocide des juifs durant la Seconde Guerre mondiale et l’existence de chambres à gaz, Robert Faurisson est mort dimanche soir à 89 ans à son domicile de Vichy.

 

La mort de l’universitaire a déclenché une vague unanime de condamnations du négationnisme sur la scène politique et médiatique française. Quelques faits à retenir sur cet homme.

1. Tout le monde déteste Robert Faurisson

« Robert Faurisson est mort aujourd’hui. Enterrons une fois pour toutes le négationnisme hideux, sans fleurs ni couronnes », a tweeté lundi la ministre chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau (LREM).

L’ancien candidat à l’élection présidentielle Benoît Hamon a adressé lundi midi ses « pensées aux victimes de la Shoah dont il a souillé la mémoire par ses falsifications historiques ».

L’historien de la déportation Serge Klarsfeld a aussi réagi à sa mort qui selon lui, a « rendu un grand service involontairement » en permettant que la Shoah soit « l’un des événements les mieux connus du monde ».

Ironie de l’histoire, les utilisateurs de Twitter ont nié avec humour la mort de l’icône du négationnisme français.

2. Une figure du négationnisme 

Dernier théoricien du négationnisme connu du grand public après le décès de l’écrivain Roger Garaudy en 2012, Robert Faurisson fait parler de lui en 1978 avec la publication dans Le Monde d’une lettre tribune intitulée « le problème des chambres à gaz ou la rumeur d’Auschwitz ». La tribune déclenche une tempête d’indignation chez les victimes de la Shoah et dans toute la société française et européenne.

Sa thèse : affirmer que les chambres à gaz n’ont jamais été utilisées pour gazer les hommes. Il soutient que le génocide des juifs par les nazis est un mensonge destiné à récolter des dommages de guerre et que les déportés sont morts de maladie et de malnutrition. Il conteste aussi l’authenticité du Journal de la jeune juive néerlandaise Anne Frank.

Jusqu’à la fin de sa vie, cet homme pour qui les fours crématoires d’Auschwitz et de Birkenau sont « une tromperie », n’a eu de cesse de poursuivre la défense de sa doctrine négationniste, notamment à travers son blog robertfaurisson.blogspot.com.

3. Premier Français condamné en vertu de la loi Gayssot

Il est le premier justiciable français condamné en vertu de la loi Gayssot de 1990, qui interdit de contester les crimes contre l’humanité.

Il perd aussi de nombreux procès pour diffamation, intentés contre ses détracteurs :

1981 — Il est condamné à trois reprises pour diffamation à l’encontre d’un chercheur du CNRS et pour diffamation raciale après avoir nié le génocide des juifs au micro d’Europe 1.

2007 — Une décision de justice donne raison à l’ancien garde des Sceaux Robert Badinter qui avait qualifié Robert Faurisson de « faussaire de l’histoire ». 

Avril 2018 — La cour d’appel de Paris confirme le jugement qui avait débouté Robert Faurisson de sa plainte en diffamation contre Le Monde, à la suite d’un article écrit en 2014 par la journaliste Ariane Chemin, dans lequel elle qualifiait la thèse de l’ancien professeur de « délirante ». Les magistrats avaient mis en avant une « exception de vérité ».

4. Un professeur de lettres

Né le 25 janvier 1929 en Grande‐Bretagne, d’une mère écossaise et d’un père français, Faurisson n’était pas historien, mais agrégé de lettres. Il a d’abord exercé dans le secondaire avant d’enseigner à l’université Paris III puis à partir de 1973 à l’université Lyon II.

Celui qui se voulait « le maître à penser du négationnisme mondial » commence alors à diffuser ses idées dans les cercles universitaires, puis dans les médias. Il porte la réputation d’être un enseignant brillant, mais aussi caractériel et violent, soutient l’historienne Valérie Igounet.

5. Soutenu par Mahmoud Ahmadinejad et Dieudonné 

Au début des années 1980, son discours négationniste prend un tournant politique. Il se proclame antisioniste : une position qui lui vaut le soutien de l’Iran, où il y devient une figure intellectuelle. En 2012, il reçoit du président Mahmoud Ahmadinejad le premier prix honorant « le courage, la résistance et la combativité ».

Cette consécration le rapproche également de l’humoriste Dieudonné. Ce dernier suscite la polémique en l’accueillant en décembre 2008 sur la scène du Zénith de Paris pour lui remettre un « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » par une personne déguisée en déporté juif.

En mars 2011, la cour d’appel de Paris condamne Dieudonné à 10 000 euros d’amende pour « injures » à caractère raciste à la suite de propos tenus lors de ce spectacle.

Pauline Coiffard

Sources : AFP, Le Monde, L’express, Sud Ouest.