Elections au Brésil : la démocratie en danger ?

Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême-droite, est largement favori du 2nd tour de l’élection présidentielle brésilienne qui aura lieu dimanche 28 octobre. Son opposant du Parti des travailleurs, Fernando Haddad, n’est pas parvenu à constituer un front républicain derrière lui.

Samedi dernier, des milliers de Brésiliens sont descendus dans la rue pour protester contre Jair Bolsonaro. En dépit des immenses manifestations, le candidat d’extrême-droite à l’élection présidentielle reste en tête des sondages. A huit jours du scrutin, selon une enquête Datafolha du 19 octobre, l’ancien militaire est aujourd’hui crédité de 59% des voix, contre 41% pour son adversaire du Parti des travailleurs, Fernando Haddad.

Bolsonaro peut-il encore être battu ?

Il a beau faire figure d’épouvantail dans la presse internationale, multiplier polémiques et controverses, Bolsonaro apparait comme le grand favori du 2ème tour de l’élection présidentielle brésilienne dimanche prochain.

Fernando Haddad n’a pas réussi à monter un front républicain derrière lui. Il n’est pas non plus parvenu à convaincre Bolsonaro de participer aux débats télévisés de l’entre-deux tours. Le candidat d’extrême-droite les a tous refusés pour des raisons médicales après avoir échappé à un attentat au couteau le 6 septembre dernier. Depuis, l’ancien militaire mène sa campagne essentiellement sur internet, notamment sur les réseaux sociaux.

Cela ne semble pas ralentir sa progression. Samedi, le ministre de la sécurité a annoncé l’ouverture d’une enquête pour savoir si « des entreprises de technologie de l’information » ont propagé « de façon systématique » des fausses informations concernant les deux candidats.

Cette enquête vient après les révélations du quotidien brésilien Folha de Sao Paulo sur le financement d’envois en masse de messages anti-PT sur le réseau social WhatsApp, avant le premier tour du 7 octobre. Le Tribunal supérieur électoral (TSE) a donné un délai de cinq jours au camp de Bolsonaro pour apporter des éléments pour sa défense.

Le PT a demandé la disqualification de Bolsonaro au TSE, qui pourrait ne se prononcer qu’après l’élection. Cette décision, improbable tant elle serait perçue comme un nouveau déni de la démocratie, semble aujourd’hui l’unique chance de voir Bolsonaro privé du poste de Président.

Pourquoi le Parti des travailleurs n’a-t-il pas réussi à créer un front républicain ?

Au 2ème tour, le candidat travailliste n’a pas obtenu le ralliement du centre gauche ni des centristes pour faire barrage à l’extrême-droite dans un « front républicain ».

Le Parti des travailleurs divise profondément les Brésiliens. Il est accusé depuis plusieurs années d’être le principal responsable de la crise au Brésil. Il pâtit surtout de sa réputation de parti corrompu.

Depuis quatre ans, la justice brésilienne s’est acharnée contre la figure emblématique du Parti des travailleurs, Lula, président de 2003 à 2010. Il a été condamné à 12 ans de prison pour corruption puis déclaré inéligible.

Haddad s’est substitué très tardivement à Lula, ne parvenant pas à s’affranchir de la tutelle de l’ancien président. Il a également refusé de dresser le bilan des années PT et a manqué d’agressivité face à Bolsonaro depuis le début de la campagne.

Qui vote pour Bolsonaro ?

Ce sont principalement les classes moyennes brésiliennes et les évangélistes qui ont voté massivement pour le candidat d’extrême-droite.

Le sud et le sud-est du pays ont constitué le principal vivier électoral de Bolsonaro. Contrairement à Trump qui avait séduit les catégories populaires aux Etats-Unis, le candidat du PSL s’appuie sur les couches les plus aisées et les plus diplômées de la population.

Les médias nationaux et les droites traditionnelles ont leur part de responsabilité dans la montée de l’extrême-droite. Les premiers parce qu’ils ont activement participé à la campagne de diabolisation du PT tenu responsable de tous les maux de la société. Les seconds en planifiant en 2016 la destitution de Dilma Rousseff, l’ex-présidente de la République brésilienne, de peur d’être eux-mêmes accusés de corruption.

Quels sont les programmes de Jair Bolsonaro et Fernando Haddad ?

Jair Bolsonaro est d’extrême-droite, militariste, misogyne et homophobe. Pourtant, il apparait plus que jamais comme le favori de l’élection présidentielle brésilienne.

A 63 ans, le candidat du Parti social libéral est arrivé largement en tête du 1er tour avec 46% des voix. Il est apparu à cette occasion comme le candidat antisystème alors qu’il est député depuis 27 ans.

L’ancien parachutiste a promis aux Brésiliens, excédés par la corruption, la violence et le chômage, de remettre de « l’ordre dans le pays ». Nostalgique de la dictature militaire brésilienne (1964–1985), il souhaite « nettoyer » le Brésil de ses élites corrompues, remettre la famille traditionnelle au cœur des valeurs et éradiquer la violence en libéralisant le port d’armes.

Face à lui, Fernando Haddad, 55 ans, a pour slogan : « rendre le Brésil heureux à nouveau ». Une référence aux années pendant lesquelles Lula était à la tête du pays et le Brésil dans une situation économique florissante. Il promet de nouvelles politiques sociales, la fin du gel des dépenses publiques et se pose en défenseur de la démocratie et des minorités.

Adrien Marotte