A l’ONU, un cri d’alarme pour le Yémen

Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) examine aujourd’hui le risque de famine dramatique qui pèse sur le Yémen, en guerre civile depuis plus de trois ans alors que l'Arabie saoudite, très engagée dans le conflit, apparaît justement fragilisée sur la scène internationale.

« La situation humanitaire au Yémen est la pire au monde : 75 % de la population, soit 22 millions de personnes, a besoin d’une aide et de protection ». C’est le constat alarmant que dressait Mark Lowcock, secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires humanitaires, dans une note interne du 18 octobre adressée aux quinze membres du Conseil de sécurité des Nations Unies consultée par l’AFP.

Le responsable onusien a exposé ce mardi 23 octobre la situation humanitaire du pays, une présentation qui devrait se concentrer sur les liens entre la guerre, l’insécurité alimentaire et le risque de famine. Selon l’ONU, 8,4 millions de yéménites sont en situation d’insécurité alimentaire grave et dépendent d’un apport en nourriture urgent.

Si la tendance se poursuivait, le pays ravagé par trois ans de guerre civile pourrait réunir les conditions d’une famine d’ici quelques mois. Celle-ci pourrait toucher jusqu’à 14 millions de personnes, soit la moitié de la population yéménite.

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La guerre nourrit la crise

Pour le secrétaire général adjoint, la crise alimentaire au Yémen est directement liée au conflit qui sévit dans le pays. Selon le document adressé aux pays membres, le prix de l’essence y a augmenté de « 45 % » et le rial, la monnaie locale, s’est « déprécié de 47 % par rapport au dollar ». Dans la ville de Al Hudaydah, sur la côte ouest du pays, l’ONG Oxfam rapporte que les prix ont ainsi augmenté de plus de 20%. Le délitement de l’Etat yéménite a lui aussi permis cette situation. Depuis septembre 2016, les autorités ne distribuent plus les salaires de la plupart des fonctionnaires dans les zones rebelles.

Ce pays est le plus pauvre du Moyen-Orient et importait déjà avant la guerre près de 90% de sa nourriture et de ses médicaments, dont 70% passent par la ville d’Hodeïda, le premier port du pays. Prise par les rebelles houthistes en 2014, la cité portuaire a fait l’objet d’un blocus partiel imposé par la coalition menée par l’Arabie saoudite. Or, selon le document onusien, sa reprise a permis de rétablir l’activité portuaire mais l’autoroute qui la relie aux terres est fermée depuis septembre à cause des combats. Cette fermeture ne fait qu’isoler davantage le pays et compliquer l’acheminement de l’aide humanitaire. La persistance des combats empêche également l’accès à d’importantes réserves alimentaires stockées par les ONG dans la région d’Hodeïda. Elles permettraient, toujours selon le document onusien, de nourrir près de 3,7 millions de personnes pendant un mois.

 

L’Arabie saoudite en ligne de mire

Lors d’une allocution à Londres le 17 octobre dernier, Mark Lowcock a appelé les belligérants des deux camps à faciliter l’accès et la mise en place des aides internationales. L’ Arabie saoudite, chef de file de la coalition arabe, demeure l’acteur principal du conflit. Or, le royaume est secoué par le retentissement international du meurtre du journaliste d’opposition Khashoggi. La prise de parole du secrétaire général adjoint de l’ONU pourrait fragiliser un peu plus la position du pouvoir saoudien.

 

Photo : F. de la Mure / MAEE