Du bio contre le cancer ? Oui, mais pas pour tout le monde

La lutte des classes, c’est aussi dans l’assiette. Une étude épidémiologique établit le lien entre une alimentation bio et la diminution du risque de développer un cancer. Génial ! Oui, sauf que le bio, ce n’est toujours pas à la portée de tout le monde…

25% de risque en moins de développer un cancer grâce à une consommation régulière d’alimentation biologique, c’est le résultat d’une étude française dirigée par les épidémiologistes de la nutrition Julia Baudry et Emmanuelle Kesse-Guyot et publiée lundi 22 octobre dans la revue JAMA Internal Medicine – un pourcentage qui monte même jusqu’à 34 % pour les cancers du sein post-ménopause et 76 % pour les lymphomes (les cancers du sang).

Disparités sociales

Entre 2009 et 2016, parmi les 69 000 personnes ayant participé à l’étude, 1340 ont développé un cancer – 459 cancers du sein, 180 de la prostate, 135 de la peau, etc. Les personnes les plus touchées étaient celles qui consommaient le moins de bio, car elles auraient été exposées chroniquement à de faibles doses de produits phytosanitaires, contrairement aux autres, expliquent les chercheurs.

Ces derniers assument par ailleurs un biais dans leur étude : les consommateurs d’aliments bio appartiennent à des catégories sociales plus élevées que la moyenne. C’est notamment ce que démontrait l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) dans une étude sur les habitudes alimentaires des Français publiée l’année dernière.

L’avis d’Odile, 76 ans

Selon ces recherches, les disparités sociales sont évidentes lorsque l’on se penche sur la consommation d’aliments particuliers comme ceux issus de l’agriculture biologique. Un cadre ou une personne ayant au minimum un bac consomme ainsi deux fois plus d’aliments bio qu’un ouvrier ayant arrêté son cursus au collège ou au lycée.

La bolo ou le quinoa

De la même manière, plus un individu est diplômé, plus les critères de qualité du produit alimentaire prennent de l’importance. Inversement, la priorité donnée au prix diminue.

L’avis de Manon, 37 ans

« On sait que les inégalités sociales de santé sont très fortes, et certaines comme l’obésité sont corrélées à l’alimentation », estime le sociologue des inégalités Thibaut de Saint Pol*, interrogé par CFJ Lab, « l’accessibilité à ces produits biologiques est très inégale : l’exclusion peut être de nature géographique, financière… »

L’avis de France, 21 ans

Bref, les inégalités se nichent encore et toujours dans nos assiettes, entre les pâtes bolo et la salade de quinoa… Entre le discount, ses marchandises empilées à la va-vite, et l’enseigne « nature » logée entre un centre de sport et un restaurant « éthique ».

 

* Auteur de l’article « Sociologie de l’alimentation » publié dans L’Année sociologique (éd. PUF, 2017)