L’évacuation de Grande‐Synthe, et après ?

Ce matin, les forces de la police ont délogé les migrants installés dans le camp de Puythouck à Grande-Synthe. La Préfecture a avancé le besoin de « mettre à l’abri » les 1800 réfugiés, mais qu’est-ce qui attend réellement les migrants dans ces fameuses « structures d’hébergement » ?  

Dans le parc municipal de Grande‐Synthe, pris entre la gare de triage et le canal du Bourbourg, la situation était devenue intenable. Des centaines de tentes avaient envahi les allées du lac du Puythouck. Ce matin, les 1800 réfugiés installés dans le parc ont été évacués par la police. En moins de quelques heures, les tentes ont disparu, et avec elles, les milliers de migrants kurdes, installés dans ce camp improvisé.

Arrivés sur place dès 7h30, les CRS, encadrés par des agents de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), ont demandé aux familles de rassembler leurs affaires. Les familles ont quitté le camp dans la précipitation, n’emportant  que leurs poussettes et leurs sacs à dos avec eux. Les hommes ont été, eux, parqués dans des bus dès neuf heures pour une destination inconnue. Les maires avaient pour ordre de ne rien communiquer, rapporte la mairie de Moreuil (l’une des villes où seront accueillis les migrants).

L’opération se préparait depuis jeudi après‐midi. Avec l’arrivée du froid, le Maire de Grande Synthe, Damien Carême (EELV), avait déjà attiré l’attention du nouveau Ministre de l’Intérieur sur la situation de ces migrants. « Je ne laisserai pas ces milliers de personnes dehors pendant l’hiver », avait‐il promis une nouvelle fois hier soir sur le plateau de France 3‐Nord‐Pas de‐Calais.

La préfecture a promis que les migrants seraient « mis à l’abri dans des structures d’hébergement », a déclaré le communiqué, mais difficile de savoir où atterriront les migrants à la sortie du bus. Depuis la destruction du centre d’accueil de la Linière, en avril 2017, il ne reste plus un seul lieu à Grande Synthe où accueillir les réfugiés, a rappelé le maire. Mais alors, où dormiront les migrants dès ce soir ?

A quelques kilomètres de là… 

La réponse ne s’est pas fait attendre. Pour une partie d’entre eux, les réfugiés gagneront la Somme où trois villages se sont portées volontaires pour les accueillir : Friville‐Escarbotin (dans le Vimeu), Longueau (près d’Amiens) et Moreuil (entre Amiens et Montdidier). Les maires de ces trois villes ont ouvert leurs gymnases pour deux semaines, le temps de laisser aux autorités organiser les demandes d’asile. Le reste des réfugiés sera réparti dans le département du Nord, a précisé la préfecture sans donner plus de détails

A quinze heures, 250 familles avaient été « mises à l’abri », selon un tweet de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). La zone de Grande Synthe attend la visite de Christophe Castaner en fin de la journée. Le ministre de l’Intérieur viendra saluer le travail des forces de l’ordre, mais il n’a pas prévu de s’exprimer sur le sort réservé aux réfugiés délogés ce matin. Leur avenir reste incertain, et ce d’autant plus que le nombre de place d’accueil annoncé dans ces villages se trouve bien en‐dessous du nombre de migrants déplacés.

Ils auront deux semaines pour préparer leurs demandes d’asile, aidés de l’association Coallia, mandatée par l’État dans cette mission. Les élus ne se mentent pas sur ce qui pourrait arriver, explique Damien Carême  à Libération : « 10 à 15% des migrants » reviendront à Grande‐Synthe. Pour ces migrants, les gymnases de la Somme ne seront qu’une étape de plus sur la route de l’exil.

D’après la préfecture de la Somme, les élus ont été consultés, mais nombre d’entre-eux n’avaient pas été prévenus mardi matin. Pas plus que leurs habitants, les maires avaient en effet reçu pour consigne de ne rien communiquer « pour ne pas alerter le camp de Grande Synthe », explique cet élu de Moreuil. La maire de Longueau, Claude Finet (PCF), interprète différemment cet ordre donné par la préfecture : « on peut toujours craindre des rassemblements de l’extrême-droite ou des barrages au moment de leur arrivée ». Le maire de Moreuil, Pierre Boulanger (divers droite), évoque quant à lui  « la haine » de certains membres de l’opposition dans son village manifestée sur les réseaux sociaux à son encontre.

« Devoir d’humanité »

Des réactions sans surprise, dans cette terre d’élection du parti fondé par Jean‐Marie le Pen. Les militants du Rassemblement National (RN) n’ont pas attendu longtemps pour dénoncer le choix de reloger ces migrants dans les villages du Nord :

Capture d’écran d’un tweet (supprimé dans l’après-midi) du compte de Bryan Masson

La présidente du Rassemblement National s’est également indignée de cette décision en étrillant au passage le nouveau ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner :

Loin de ces considérations nationales, les maires des trois communes ont réagi en invoquant leur devoir d’humanité : « il était normal qu’ils trouvent du soutien dans ma commune, au moins temporairement », déclare Claude Finet, la maire de Longueau. « Ouvrir le cœur et tendre la main  » se justifie quant à lui Pierre Boulanger, le maire de Moreuil, très ému par les réactions dans sa ville. A noter que cette décision tombe au moment des vacances scolaires. Deux semaines, donc, « pas plus longtemps », a promis la préfecture.

David Pargamin