Gilles Lazimi : « Les violences sexuelles subies à l’adolescence ont des effets catastrophiques »

Une sur dix, c’est le nombre de femme qui déclare avoir cédé aux attentes de son partenaire lors de son premier rapport sexuel, selon une étude de l’agence Santé publique France publiée ce mardi. Selon Gilles Lazimi, médecin et membre du haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, une première expérience sexuelle subie peut avoir des conséquences désastreuses dans la vie des victimes.

Quel impact peut avoir une première expérience sexuelle vécue comme contrainte, sur la victime ?

Un premier rapport sexuel subit peut avoir de multiples conséquences : mentales, psychologiques, physiques et sociales. A court terme, cela se manifeste par des symptômes tels que des cauchemars, des flashbacks, une anxiété extrême, une perte de confiance en soi et un sentiment de honte. Un autre symptôme est celui de la dépersonnalisation, c’est à dire l’impression d’être déconnecté de son corps. A long terme, la victime peut développer un blocage physique qui rend tout rapport sexuel ultérieur douloureux.

L’impact sur la victime est d’autant plus désastreux s’il s’agit de son premier rapport. Elle gardera en tête une expérience de souffrance associée à l’acte sexuel. La confiance étant rompue, la victime rencontrera des difficultés à faire confiance à un nouveau partenaire et sera très méfiante. Sans accompagnement psychologique, la victime peut éprouver un sentiment de décalage par rapport à son entourage. Elle peut développer un comportement agressif ou dépressif selon les cas, voire suicidaire.

Quelle différence faites‐vous entre un viol et une expérience sexuelle vécue comme non choisie au départ ?

La différence est ténue et c’est là toute la difficulté. Il m’est arrivé de recevoir des patientes qui ne se considéraient pas comme victimes de viol mais qui font tout de même la démarche de me rencontrer. En discutant de ce qu’il s’est passé, la patiente m’explique qu’elle n’a pas été violée mais qu’elle ne souhaitait pas de la relation au moment où son partenaire l’a voulu. C’est typiquement le cas du « j’ai cédé ». Parfois les femmes dans ce cas ne développe aucun traumatisme, parfois la situation est très mal vécue. Tout dépend de la perception qu’en a la personne.

Le fait que le rapport soit subit à l’adolescence aggrave‐t‐il la situation ?

Bien sûr ! L’adolescence est l’âge pendant lequel le corps devient celui d’un adulte, mais le cerveau ne suit pas toujours. C’est une période de découverte et de remise en question de soi. Une adolescente qui subit une première expérience sexuelle non consentie va nécessairement rencontrer des difficultés à se construire dans sa vie sociale. Cela va se refléter par de mauvais résultats scolaires voire par un abandon des études. Elle peut aussi développer plus tard des comportements à risque comme l’abus d’alcool et de drogues. Les jeunes filles victimes de violences sexuelles ont aussi plus de risques de vivre une grossesse prématurée (2,2 fois selon les chiffres du planning familial, ndlr).

Quelles sont les solutions pour les victimes ?

L’essentiel est de bénéficier d’un soutien psychologique professionnel et familial. C’est important de souligner que l’on s’en sort ! La prévention sur la notion de consentement se développe. Les jeunes sont de plus en plus conscients de l’importance du respect dans l’acte sexuel. Il faut que l’éducation familiale suive. Je suis optimiste !

Propos recueillis par Pauline Coiffard