Grande-Synthe : quelle réalité derrière « les mises à l’abri » ?

1800 migrants ont été évacués d’un camp à Grande-Synthe ce 23 octobre, cette troisième évacuation en deux mois s’explique par le refus des exilés de demander l’asile en France et la volonté de rejoindre l’Angleterre.

550 migrants évacués le 6 septembre. 271 le 28 septembre. 1800 ce 23 octobre. Les démantèlements de camps de migrants à Grande-Synthe, près de Dunkerque, se répètent et ne semblent plus émouvoir. Et quelques soient les causes et les solutions prônées, les acteurs politiques déplorent la récurrence des démantèlements ou « mises à l’abri » pour reprendre le nouveau vocabulaire du gouvernement. Pour comprendre ces évacuations multiples, un détour par le profil et les motivations des migrants présents à Grande-Synthe s’impose :

Qui sont-ils ? 95% des exilés présents à Grande-Synthe sont Kurdes irakiens d’après la mairie de cette ville de 20 000 habitants. Les autres sont pour la plupart Afghans ou Iraniens. Il n’existe pas de chiffres officiels, mais une grande partie des exilés sont des hommes seuls, parfois mineurs. Des familles avec enfants sont aussi présentes.

Quelles sont leurs objectifs ? « Plus de 90 % veulent aller en Angleterre, parce qu’ils ont de la famille, qu’ils sont anglophones ou parce que c’est plus simple de travailler » explique Bastien, bénévole de « La cabane juridique », association qui vient en aide aux migrants.

Où sont ils emmenés ? Les 1800 migrants évacués ce 23 octobre sont en train d’être redirigés, d’après la préfecture du Nord, dans des gymnases ou centres d’hébergement dans la région Hauts-de-France. D’après les mairies, ils seraient 50 accueillis à Longueau, 50 à Lommes, 80 à Friville-Escarbotin et plusieurs dizaines à Moreuil.  « Parfois ils sont juste foutus dans des bus, qui tournent pendant des heures sans nourriture ni eau, puis déposés plus loin, je ne serais pas étonné que ce soit encore le cas », s’offusque Bastien qui s’étonne que 1800 places soient disponibles dans la région.

30 à 40 bus étaient présents ce matin à Grande-Synthe pour transporter les familles puis les hommes seuls — Photo de l’Auberge des migrants

Quel avenir administratif pour les migrants évacués ? Les exilés demandant l’asile dans le département du nord « l’obtiennent dans 84% des cas » déclarait le sous-préfet à France 3 Haut-de-France suite à l’évacuation du camp le 6 septembre dernier.  Un chiffre qui ne surprend pas « La cabane juridique », du fait de l’origine géographique des demandeurs, majoritairement le Kurdistan irakien. S’ils souhaitent demander l’asile, ils sont redirigés vers l’un des centres d’accueil et d’examens des situations (CAES) à Nédonchel (62) pour les familles et au Croisy (76) pour les hommes seuls.

Est-ce aussi simple ? « Après pour les récalcitrants, les centres de rétention de la région ont été vidés donc il est possible de faire 30 jours en prison » ajoute froidement Bastien de La cabane juridique. Le bénévole explique aussi que de nombreux exilés ne veulent pas demander l’asile car ils sont déjà été enregistrés dans un autres pays d’Europe dans lequel ils risquent de devoir retourner.

Pourquoi revenir à Grande-Synthe ? « Je pense que les trois quarts vont essayer de revenir parce qu’ils sont nombreux à avoir déjà payé un passeur » affirme Bastien. Pour les autres, la volonté de rejoindre l’Angleterre, où ils ont souvent des proches, motivent leur retour sur les bords de la Manche.

Les migrants sont redirigés vers les bus — Photo de l’Auberge des migrants

Existe-t-il des solutions ? Pour faire face aux retours des migrants, Damien Carême, le maire de Grande-Synthe, s’est dit prêt à rouvrir le camp de la Linière, détruit par un incendie en 2017 et qui accueillait 1.500 personnes. Pour Bastien de « La cabane juridique », il n’existe pas de solutions pérennes dans les camps, car « les gouvernements répètent les évacuations et mettent en place une politique de harcèlement moral, avec vol des duvets et du matériels des migrants, pour les décourager à se réinstaller. »