États‐Unis : les femmes démocrates aux portes du pouvoir

Le nombre de candidatures féminines aux élections de mi-mandat, qui se dérouleront le 6 novembre aux Etats-Unis, bat des records. Pour le camp démocrate, ces profils qui renouvellent la classe politique, apparaissent comme un atout pour la reconquête du pouvoir, dans un pays où la politique est encore largement une affaire d’hommes.

Yes, « women » can.  C’est un record, elles sont 257 femmes (dont 202 démocrates) à se présenter cette année au Congrès, contre 181 en 2016. Nombreuses à prétendre à un mandat au Sénat ou à la Chambre des représentants, elles continuent à se heurter au plafond de verre d’une Amérique dirigée par un président revendiquant un machisme notoire.

“Un peu légère la sénatrice Kristen Gillibrand, il n’y a pas si longtemps, elle venait dans mon bureau quémander des subventions pour sa campagne, elle était alors prête à tout pour y arriver”

Plébiscitées pendant les primaires

Mères de famille, jeunes travailleuses, hispaniques, lesbienne ou encore transgenre : « ces femmes ont gagné le vote populaire aux primaires », affirme Corentin Sellin, spécialiste des Etats‐Unis et co‐auteur des Etats‐Unis et le monde (1823–1945). Pendant les primaires, les électeurs démocrates ont plébiscité les femmes puisqu’elles représentent près de 42% de leurs candidatures au Congrès. Ce phénomène répond à « une attente de l’électorat en réaction à la macho politique agressive de Trump », explique Corentin Sellin. « Les femmes ont une autre façon de faire de la politique. Elles sont plus rassembleuses et moins clivantes », précise‐t‐il.

Cumulardes

Au‐delà du vote populaire, la féminisation des candidatures démocrates est stratégique. Le parti mise sur les minorités. « On a vu émerger des hispaniques, des gays, des transgenres… puis des femmes », illustre Jean‐Eric Branna, maître de conférences en politique et société américaines à Paris II. Et souvent, elles cumulent : femme et d’origine portoricaine pour Alexandria Ocasio‐Cortez, candidate du Bronx à la chambre des représentants ; femme, musulmane et américano‐palestinienne, pour Rashida Tlaib (Michigan), dont l’entrée au Congrès sera une première pour sa communauté ; femme, latina et lesbienne pour Lupe Valdez, qui se présente au poste de gouverneur au Texas. Aux Etats‐Unis, appartenir à différentes majorité est un atout en politique. Cela permet de rassembler davantage d’électeurs autour d’un candidat.

 

Peu promises à la victoire

Revers de la médaille. Il semble pour l’heure que ces femmes sont surtout candidates à des postes non‐éligibles, car plus de la moitié d’entre elles s’attaquent à de solides bastions Républicains. C’est le cas par exemple de Jenny Wilson qui est opposée à Mitt Romney, baron républicain, dans l’Utah.

Pour se présenter, les femmes démocrates ont pris les places vacantes. Celles face aux républicains sortants où il n’y a aucun démocrate fort. « Et c’est d’autant plus difficile car les citoyens ont tendance à accorder plus de confiance aux sortant et à les reconduire », décrypte Jean‐Eric Branna. Dans ces régions traditionnellement républicaines, « il y aura un réflexe machiste, c’est sûr. Mais dans les circonscriptions de gauche, ça marchera pour ses candidates », relativise Corentin Sellin.

 Une femme pour 2020 ?

« On discute déjà des prochaines élections aux États‐Unis », avance Jean‐Eric Branna. Et pour les présidentielles de 2020, les femmes semblent avoir une place de choix. Qualifiée de « coriace », « dévouée » et « brillante » par Barack Obama, la sénatrice de la Californie, Kamala Harris représente un espoir pour les démocrates. Tout comme Elizabeth Warren (Massachusetts) ou Amy Klobuchar (Minnesota), qui a joué un rôle majeur dans l’audition du juge Kavanaugh.  Face à ces candidates sérieuses à l’investiture démocrate pour 2020, les prétendantes républicaines, elles, ont très peu de chance de voir leur candidature aboutir face au président Donald Trump, dont les ambitions pour 2020 ne laissent plus de doute.

Emilie Henny.