Rapatriement des enfants de djihadistes retenus en Syrie : quel est le problème ?

Environ 150 enfants de djihadistes retenus en Syrie ont été signalés par leurs familles. La France envisage de rapatrier une partie d’entre eux.

Ils sont pour la plupart âgés de moins de 6 ans et reviendront sans leurs mères. Le chiffre précis de rapatriement n’a pas été communiqué par les autorités françaises mais selon l’AFP et Reuters, il est déjà établi que dans ce cadre, la France exclut tout retour d’adulte. Une situation qui n’est pas sans poser problème en termes d’éthique et de prise en charge de ces mineurs.

Séparer les mères des enfants

Le gouvernement conditionne le rapatriement des enfants à l’accord préalable des mères. Une condition  « insuffisante » selon Vincent Brenghart, avocat de femmes détenus en Syrie : « On prend le risque de placer les mères dans un dilemme des plus cruels : laisser partir leurs enfants loin d’elles ou les garder alors qu’ils vivent dans des conditions déplorables ».

Inversement, « on prend le risque que les enfants pour la plupart en bas âge vivent le terrible déchirement d’être arrachés à leurs mères », poursuit l’avocat. De  quoi faire de ces futurs adultes de véritables « bombes à retardements » pour les détracteurs du retour, tels que Nadine Morano.

Le problème de l’insertion

Une fois les enfants rapatriés sur le sol français, le gouvernement devra mettre en place un suivi psychologique. « Ils  ont pour certains été témoin d’atrocités. Sans aide médicale, le traumatisme vécu pourrait faire d’eux de potentiels djihadistes d’ici 5 ou 10 ans », avance le spécialiste de la lutte contre le terrorisme Claude Moniquet, ajoutant qu’il s’agit « d’une question de sécurité nationale ». Le possible rejet  par la société de ces enfants de djihadistes venus de Syrie rendra d’autant plus difficile leur insertion, précise le spécialiste.

Autre problème, celui de savoir à qui confier les enfants. « La logique voudrait qu’on les confie aux grands parents ou aux proches de la famille », estime Vincent Brenghart. Mais il faudrait pour cela que les proches acceptent de les prendre en charge et qu’ils ne soient pas eux‐même dans un cercle de radicalisme religieux. Dans le cas contraire, les jeunes mineurs seraient confiés aux autorités françaises.

Seuls 3 enfants rapatriés à ce jour

Le rapatriement s’annonce très complexe, le Kurdistan syrien n’étant pas un État reconnu par la communauté internationale, et Paris n’entretenant plus de relations diplomatiques avec Damas. « On a commencé à regarder comment les choses peuvent se faire. C’est une affaire très complexe », concède‐t‐on à Paris. Les premiers rapatriements devraient intervenir avant la fin de l’année. Mais les canaux par lesquels ils pourraient être effectués sont encore flous.

À ce jour, Paris n’a procédé qu’au rapatriement de trois enfants mineurs, trois des quatre enfants de Melina Boughedir, une Française condamnée en juin par la justice irakienne à la prison à perpétuité,  pour son appartenance présumée à Daesh.