Sophia Chikirou et Radio France : le bras de fer

Depuis trois jours, la tension monte entre les médias et Sophia Chikirou, ex-directrice de communication de Jean-Luc Mélenchon. Visée par une enquête sur les comptes du candidat durant la présidentielle, la proche du leader de La France insoumise est dans l’œil du cyclone.

Les soupçons se multiplient autour du personnage de Sophia Chikirou, impliquée dans une affaire de surfacturation des comptes de campagne du candidat Mélenchon, mise en lumière il y a quelques jours par une enquête de France info. Entre le média et l’ex-directrice de communication, rien ne va plus, et leurs échanges tournent au duel. Une saga palpitante que les Ateliers du CFJ vous proposent de découvrir :

Épisode 1, l’enquête Chikirou

Le 16 mars 2018, la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) effectue un signalement auprès du procureur de la République de Paris sur les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon. La proximité entre la prestataire employée et le candidat intrigue. Sophia Chikirou, proche de Jean-Luc Mélenchon et dirigeante de Mediascop, agence de communication qui a travaillé pour le candidat durant la campagne présidentielle, est soupçonnée d’avoir surfacturé ses prestations.

Quelques mois plus tard, la cellule investigation de france info se penche sur l’affaire. Le 19 octobre 2018, Sylvain Tronchet révèle, factures à l’appui, des prestations réalisées par Mediascop pour des montants importants. Mettre en ligne les discours de Mélenchon est facturé 250 euros pour un travail d’une dizaine de minutes. Ces surfacturations posent problème, dans la mesure où elles ont été remboursées par l’État après l’élection présidentielle. Sylvain Tronchet évoque également des salariés sous-payés, et une rémunération très élevée que s’attribuait Sophia Chikirou pour son travail au sein de la société.

Toute l’enquête à retrouver ici

Épisode 2, la riposte

Invitée sur BFMTV le 23 octobre, après plusieurs semaines de silence, Sophia Chikirou lance une contre-offensive. Face à Ruth Elkrief, elle dément les accusations de surfacturation : « il n’y a pas eu de surfacturation, Mediascop n’a pas surfacturé, il n’y a pas eu de détournement de fonds publics, il n’y a pas eu d’enrichissement personnel » déclare-t-elle.

« Il y a beaucoup de fake news et de chiffres faux qui sont balancés à droite à gauche, c’est quand même assez inquiétant » lance-t-elle à l’adresse de la cellule d’investigation de France info. « Il faut arrêter de répandre n’importe quoi ».

Derrière Sophia Chikirou, les rangs de La France insoumise se resserrent. Alexis Corbière, député LFI, soutient que sa défense sur BFMTV a été « efficace ». « Dès lors que l’on rentre dans les faits, la vérité apparaît » a‑t-il déclaré aux Ateliers du CFJ. Selon Juliette Prados, responsable des relations presse, l’enquête de France info repose sur des « déductions et des spéculations » bancales, sur lesquelles Sophia Chikirou a fait clairement le point. Sur les réseaux sociaux, plusieurs cadres du mouvement affichent leur soutien.

Épisode 3, Sylvain Tronchet contre-attaque

Ce matin, Sylvain Tronchet, auteur de l’enquête de la cellule investigation de France info, maintient ses révélations. Il n’y a pas eu surfacturation ? Le journaliste n’est pas d’accord : « quand elle affirme que le téléchargement de 19 sons des discours de Jean-Luc Mélenchon a pris en réalité quatre à cinq jours, expliquant la facture de près de 5 000 euros, non. Le téléchargement d’un discours prend tout au plus dix minutes. 19 discours, c’est trois à quatre heures de travail, pas quatre à cinq jours ».

Épisode 4, la guerre est déclarée

En déplacement au Parlement européen à Strasbourg, Jean-Luc Mélenchon a rappelé son soutien à Sophia Chikirou, en se disant « très fier des têtes dures qui sont autour de moi ». Comme elle, il a renouvelé son offensive envers les médias du service public : à une journaliste de Radio France qui souhaitait l’interroger, il a rétorqué : « des explications, vous pouvez toujours courir », qualifiant les journalistes du groupe de « faussaires », avant d’ajouter : « si moi vous me détestez, je peux le comprendre car je vous le rends bien. »

À la suite de ces propos chocs, Radio France a décidé dans l’après-midi de porter plainte contre Jean-Luc Mélenchon. « On ne peut pas laisser nos journalistes se faire attaquer de cette façon. On ne peut pas transiger avec l’intégrité et la crédibilité de nos journalistes » a déclaré Guy Lagache, directeur des antennes du groupe Radio France, au micro de France info. Depuis l’affaire Chikirou, entre LFI et le groupe du service public, la hache de guerre reste déterrée.