En difficulté, le groupe Casino porte plainte

La plainte contre X du groupe de grande distribution Casino, aux prises avec des fonds d’investissements, est fragilisée par ses difficultés financières.

En italien, casino signifie « pétrin », ou moins pudiquement « bordel ». Un vocable transalpin tout adapté à la situation du groupe français Casino, poids lourd de la grande distribution. En réaction à ses déconvenues boursières, l’entreprise française créée en 1898 a porté plainte contre X pour « manipulation de cours, diffusion d’informations fausses ou trompeuses et délit d’initiés » a‐t‐elle fait savoir jeudi dans un communiqué de presse conjoint avec la société Rallye, son actionnaire principal.

La situation financière du groupe Casino propriétaire d’une dizaine d’enseignes dont Monoprix, Franprix, Casino, Leader Price ou Cdiscount, n’est pas étrangère à un premier décrochage de son cours de bourse en juillet suite à la publication de ses résultats. Sa dette nette inquiète ses investisseurs. Elle s’élève fin juin 2018 à 5 445 milliards d’euros selon les résultats consolidés du groupe. Ces difficultés posent la question de la légitimité de sa plainte.

La multinationale dénonce “de violentes attaques”

L’action Casino plonge une seconde fois fin août, à un seuil historiquement bas au regard des vingt dernières années. La chute est cette fois‐ci provoquée par un tweet lapidaire du fonds d’investissement Muddy Waters*. Le fonds d’investissement, spécialisé dans le dévoilement de problèmes comptables et de fraudes, pointait une anomalie : Casino Finance, filiale du groupe consolidant la trésorerie de Casino en France, n’avait pas déposé ses comptes de 2017 sur Infogreffe, l’organisme qui édite l’information légale et officielle sur les entreprises.

Plutôt que contre un seul acteur, c’est contre X que Casino porte plainte. La multinationale dénonce « depuis plusieurs mois, de violentes attaques et des campagnes de désinformation orchestrées notamment par des fonds spéculatifs dans le but de faire chuter artificiellement la valeur de ses titres et de déstabiliser ses entreprises, leurs salariés et actionnaires. »

Les pratiques de Casino en matière de transparence sont ambigües

L’argument de l’artificialité est aussi brandi par les investisseurs contre Casino : c’est ainsi qu’ils qualifient la stratégie du groupe pour réduire sa dette. Se voulant rassurant, Casino, acteur prépondérant en France, mais aussi au Brésil et en Colombie, a fait une avance de dividendes en juillet à ses actionnaires. Sans convaincre. Les cessions d’actifs pour rétablir leur bilan, notamment de murs de magasins Monoprix début octobre, n’ont pas suffi non plus à les contenter.

Les pratiques de Casino en matière de transparence sont elles aussi ambigües. Casino avait affirmé en septembre avoir été sollicité par Carrefour, son principal concurrent, pour un rapprochement. Carrefour avait démenti par la suite, l’accusant de diffuser des informations erronées. Ce mauvais coup de communication a renforcé l’impression d’opacité.

Casino emploie 226 606 salariés dans le monde dont 75 449 en France.

*qui ne se revendique pas explicitement du bluesman de Chicago