Lactalis, confiance brisée ?

Après les nouvelles révélations dans l’affaire Lactalis, les associations de consommateurs dénoncent le mépris de l’entreprise vis-à-vis des acheteurs et de leur santé. Les agriculteurs, eux, sont inquiets mais veulent faire confiance à Lactalis.

« Il est certain que nous n’avons plus confiance en cette entreprise. Nous appelons d’ailleurs au boycott de ses produits ». Quentin Guillemain, président de l’association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles (AFVLCS) donne le ton. La confiance avec le numéro un mondial des produits laitiers, Lactalis, est consommée.

Et pour cause, ce matin le Canard Enchaîné et l’AFVLCS révèlent, « documents fournis par la préfecture de Mayenne » a l’appui, que Lactalis aurait commercialisé 8.000 tonnes de lait en poudre potentiellement contaminé par les salmonelles.

Un an après le scandale de contamination par les salmonelles, qui avait rendu malade 36 enfants fin 2017, l’usine Lactalis de Craon en Mayenne est de nouveau au cœur de la tourmente.

De son côté, le transformateur laitier condamne fermement des « accusations sans fondement ». Dans un communiqué, Lactalis dément et assure que le phénomène de contamination a « toujours été limité à la tour 1 » de l’usine qui a été depuis définitivement fermée.

« Mépris du consommateur »

« Comment avoir confiance en cette entreprise qui nous cache un certain nombre de chose depuis trop longtemps », s’indigne Quentin Guillemain à l’origine de la demande des documents révélés par la Canard Enchaîné aujourd’hui.

Si Quentin Guillemain est en colère, c’est parce qu’il est le père de l’un des 36 nourrissons atteint par la salmonellose fin 2017. La salmonelle est une bactérie qui provoque le plus souvent une gastro‐entérite bénigne. Cependant, elle peut avoir des conséquences extrêmement graves pour les enfants. « Nous ne sommes pas prêt de retrouver confiance en leurs produits. On voit bien qu’il n’y a aucune volonté de transparence. On parle de mépris du consommateur », enchaîne le père de famille.

« Je ne suis pas choqué par ces nouvelles révélations. Lactalis est une entreprise qui considère ses client comme un chiffre d’affaires et non des personnes », explique Jean Yves Mano, président l’association nationale de défense des consommateurs et usagers. « Il est évident que le réflexe des consommateurs est de boycotter, mais la situation est aussi très compliquée pour les agriculteurs qui dépendent économiquement de Lactalis », souligne‐t‐il.

Agriculteurs sous tension

 Chez les agriculteurs, la tension est palpable. Plusieurs producteurs laitiers, contactés par CFJ Lab, préfèrent douter des révélations faites par le Canard Enchaîné. « Je n’y crois pas une seule seconde » s’insurge Philippe Jehan, président de la FDSEA Mayenne (la fédération des syndicats d’exploitants agricoles est le syndicat agricole en lien avec la FNSEA). « Pourtant, dieu sait que j’ai été à l’encontre de Lactalis à de nombreuses reprises, mais c’est impossible que la poudre du lait pour enfant ait été mélangée à celle de l’alimentation industrielle », explique‐t‐il. « Il y a des contrôles tous les jours, et ils ont été renforcés depuis cette année. C’est impossible », réitère‐t‐il.

Déjà, en 2017, les agriculteurs avaient craint que la fermeture de l’usine de Craon empêche leur rachat de production et affecte ainsi le prix du litre de lait – le prix du lait étant déterminé par Lactalis elle‐même. Finalement, le leader mondial avait redistribué leurs productions vers d’autres sites français.

Ainsi, tiraillés entre colère et reconnaissance, les agriculteurs veulent avoir foi en Lactalis surtout pour éviter une nouvelle baisse des prix du lait. « Tout ce qui est dit dans la presse depuis ce matin est au conditionnel », se rassure Florent Renaudier, membre de la fédération nationale des producteur de lait et agriculteur en Mayenne.  « Il est trop tôt pour dire si cela aura un impact sur nos productions à moyen ou long terme », ajoute‐t‐il.

Confiance fragilisée de l’État

Les réactions du gouvernement n’ont pas tardé à suivre les allégations du Canard Enchaîné. « […] Si jamais Lactalis a essayé de frauder par rapport aux consignes qui lui avaient été données, elle devra évidemment être condamnée », a réagi François de Rugy, ministre de la Transition écologique, sur LCI, ce matin.

Cet après‐midi, Benjamin Griveaux, le porte‐parole du gouvernement à également réagit, « si jamais Lactalis a essayé de frauder par rapport aux consignes qui lui avaient été données, alors évidemment elle doit être condamnée et c’est l’enquête qui permettra de déterminer sa responsabilité », a‐t‐il expliqué lors du compte‐rendu du Conseil des ministres.