Malaise amianté chez les pompiers du Nord

Les pompiers de la CGT du Nord ont déposé une plainte jeudi 25 octobre pour mise en danger de la vie d'autrui. Ils dénoncent de trop faibles protections face aux risques des fumées d’amiante et l’inertie de leurs responsables.

« Le dossier “cancer‐amiante‐fumées”, chez les pompiers, c’est l’omerta. Tout le monde le sait mais fait semblant de croire que tout va bien », s’insurge Quentin de Veylder. Le pompier est secrétaire général de la CGT du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) du Nord. Sa section syndicale a porté plainte ce matin contre X pour mise en danger de la vie d’autrui devant le tribunal de grande instance de Lille.

Matériau hautement toxique, l’amiante est interdit en France depuis 1997 mais reste présent dans de nombreux bâtiments antérieurs. “On a des salles de classe, des bâtiments, pas forcément dangereux à l’instant T. Par contre, quand c’est soumis à un incendie, la flamme fait que tout le matériau se décompose et vient se déposer sur nos tenues. Notre linge, on rentre à la maison avec, donc ça touche nos familles directement”, expliquait David Mirland, responsable CGT du SDIS, sur France Info le matin du 25 octobre.  

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C’est un rapport de mars 2017 qui a mis le feu aux poudres. Réalisé par la caisse de prévoyance des fonctionnaires territoriaux, ce document de 20 pages dresse un constat alarmant sur des conditions de protection insuffisantes et des risques de contamination par la suite.

Pour prendre connaissance du rapport: cliquez ici.

Pour Me Hélène Aveline, ce rapport est “édifiant” et les conditions de travail “archaïques”. L’avocate, avec le cabinet TTLA, assiste des victimes de l’amiante dans plusieurs dossiers emblématiques comme celui des anciens salariés d’Eternit, l’ex-géant mondial de l’amiante. Pour elle, les pompiers en reviennent à “des conditions de travail dignes d’un autre siècle, qu’on pouvait trouver dans des usines où l’amiante était utilisée de façon massive”.

On enterre nos aînés les uns après les autres (…) Peu arrivent au‐delà des 10 ans après la retraite”, raconte Quentin de Veylder. Pas de chiffres officiels, car les effets de l’inhalation de l’amiante sur la santé sont longs à apparaître. Mais l’enjeu pèse sur le moral des pompiers.

La CGT dénonce “des mesurettes”

Plus d’un an et demi après ce rapport, le dialogue social au sein du SDIS est au point mort. Le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a créé un groupe de travail il y a un an. Contacté par CFJ Lab, le service de communication assure que certaines mesures sont mises en place, d’autres en réflexion. Ainsi, des trousses “suie et fumée” ont été placées dans 57 fourgons afin de décontaminer les tenues et des formations à la prévention sont organisées. “Des mesurettes” pour Quentin de Veylder, qui déplore l’inertie des responsables du SDIS.

Pour les responsables syndicaux à l’origine de la plainte, la réactivité du groupe de travail n’est pas à la hauteur de l’enjeu. “On refuse la réunionnite : la santé, la vie… C’est trop important. On a plus de temps à perdre”, tonne le responsable CGT.

C’est donc vers la justice que les soldats du feu ont décidé de se tourner. Ils attendent que la plainte déposée ce jeudi 25 octobre ce matin suscitera une réaction plus poussée des responsables du SDIS.  Ils souhaitent notamment un véhicule de décontamination des tenues ainsi qu’une attestation d’exposition à l’amiante, nécessaire pour la mise en place d’un suivi médical.

“Aujourd’hui, pompier, c’est pas crever.”

Derrière le “sauver ou périr”, la devise des pompiers, c’est une réalité plus gênante qui se dessine. Pour Hélène Aveline, la négligence de l’administration tient en partie au fait que “prendre des risques est inhérent à leur métier” de pompier. “On se préoccupe moins de leur sort que d’autres catégories professionnelles” ajoute l’avocate.

“Aujourd’hui, pompier, c’est pas crever” dénonce Quentin de Veylder. Selon le responsable syndical, jouer sur le raisonnement inverse “arrange les décideurs publics”. Pour Hélène Aveline, le fait qu’ils auraient “signé pour ça” reste malheureusement une idée commune. Or, “ce n’est pas parce que ces hommes sont prêts à perdre leur vie pour sauver les nôtres que l’on doit accepter qu’ils soient exposés de façon importante et sans protection à des agents cancérigènes” ajoute‐t‐elle.