Manœuvres militaires grandeur nature de l’OTAN : comme un parfum de guerre froide en Norvège

Des manœuvres militaires débutent aujourd’hui en Norvège. L’occasion pour l’Otan de démontrer sa puissance un mois après les manœuvres conjointes de la Russie, de la Chine et de la Mongolie, l’escalade prend des airs de guerre froide.

Du jamais vu depuis la fin des années 1980. L’Otan sort les griffes et débute aujourd’hui ses plus grandes manœuvres militaires depuis la chute de l’Union Soviétique. 50 000 hommes, 10 000 véhicules, 150 avions, au total, 31 pays ont aligné leurs troupes en Norvège non loin de la Russie. L’enjeu : simuler l’assistance face à l’agression d’un allié.

« Ces dernières années, l’environnement sécuritaire en Europe s’est fortement dégradé, et l’Otan s’est adapté ». Lors de sa conférence de presse, le secrétaire de l’Otan, Jens Stoltenberg a donné le ton, ces manœuvres sont certes fictives, mais la menace bien réelle. Si le secrétaire de l’Alliance refuse de viser la Russie et réaffirme la visée purement défensive de l’organisation atlantique, il précise : « nous sommes prêt à défendre les alliés contre toutes menaces ».

Le retour en puissance de la Russie

Depuis une dizaine d’année, l’ours russe reprend du poil de la bête. La superpuissance soviétique s’était effondrée en 1991 ouvrant une période de 20 ans d’affaiblissement stratégique. Aujourd’hui, elle est l’une des premières armées du monde et un acteur incontournable de l’échiquier militaire international : guerre en Géorgie, en Ukraine ou en Syrie, la Russie semble dicter ses volontés à l’Occident.

La guerre en Syrie a signé le retour en puissance de la Russie. Son intervention en 2015 a sauvé le régime de Bachar Al‐Assad que l’Occident s’évertuait à faire tomber. Trois années durant, l’armée russe a affuté son matériel et son savoir‐faire tactique pour protéger son allié. Pour la Russie, la Syrie est le terrain d’essai de son armée renouvelée : elle y teste du nouveau matériel, comme les chasseurs Su‐34 ou les missiles de croisières Kh‐101. Elle aguerrit ses troupes qui y combattent et améliore sa capacité à mener des opérations de grandes envergures loin de son territoire.

De quoi inquiéter l’Europe du Nord. Depuis des années la Norvège et les pays baltes tirent la sonnette d’alarme. L’Arctique est une région stratégique, riche en ressources et proche de l’Amérique du Nord. De nouvelles bases ultra‐modernes y prennent pied, à Terres Alexandra ou sur l’île de Koletny où des missiles Sol‐air Pantsir S‐1 ont été installés. Ce renforcement inquiète les pays de l’Europe du Nord et de l’Est qui craignent le retour de velléités bellicistes de la part du voisin russe. Des inquiétudes renforcées lorsque des sous‐marins russes ont été repérés au larges des côtes française, dans le golfe de Gascogne en 2016.

« Démontrer la capacité de défense de l’Otan face à n’importe quel adversaire »

Trident Joncture 2018 est une vraie démonstration de force de l’Otan face à son voisin Russe. La Norvège est le seul pays de l’organisation frontalier de la Russie, elle baigne dans la mer du Nord et l’océan glacial Arctique : un parfait terrain de jeu pour simuler un affrontement. Alors que la Russie avait montré les muscles en septembre lors des manœuvres « Vostok‐2018 », une série d’opérations conjointes avec la Chine et la Mongolie rassemblant 300 000 hommes,

L’exercice est considérable, il simule un affrontement. Deux groupes composés de nations alliés différentes joueront tour à tour le rôle de l’agresseur et de l’agressé. Le principal défi est logistique : déplacer et coordonner les troupes venues de pays différents efficacement. L’autre enjeu est d’acclimater les troupes à la rigueur du climat norvégien.

Les russes ne seront pas absents de la partie, puisque des observateurs seront présents. « Je m’attends vraiment à ce qu’ils veuillent venir. C’est dans leur intérêt de venir voir ce que nous faisons », a expliqué l’amiral Foggo, qui commande les opérations. « Ils apprendront des choses. Je veux qu’ils soient là‐bas pour voir à quel point les [alliés et partenaires de l’Otan] travaillent ensemble », a‐t‐il ajouté. Le message est clair.