Retraites à points, inquiétudes et colère

La grande consultation citoyenne sur la réforme des retraites, prévue pour 2019, s’achève aujourd’hui, sans avoir apaisé les inquiétudes. L’instauration de la retraite à points demeure le principal point de crispation pour les organisations syndicales. Explications.

Retraités, égalité, fraternité. « Pour un euro cotisé, les mêmes droits pour tous » avait promis le candidat Macron aux retraités. Ainsi, depuis mai dernier, le Haut Commissaire en charge de la réforme des retraites Jean Paul Delevoye tente de la mettre en œuvre, avec une grande consultation citoyenne, qui a duré six mois (ouverte le 31 mai 2018). En allant à la rencontre des citoyens, le gouvernement espérait apaiser les tensions autour de la réforme des retraites, qui inquiète les retraités et courrouce les syndicats.

« Qui peut être contre un tel slogan ? », s’interroge Philippe Pihet, secrétaire confédéral Force Ouvrière (FO) au secteur des retraites et de la prévoyance complémentaire. « Le problème, il vient après le beau slogan de campagne. En réalité, la réforme que souhaite le gouvernement nous amène vers un système universel en points qui remplacerait le système existant d’annuité. Cela n’a rien pour nous rassurer », ajoute‐t‐il.

© Pauline Comte

Quand les points remplacent l’annuité

Depuis qu’il est candidat, Emmanuel Macron souhaite simplifier le système des retraites et mettre un terme aux 42 régimes. Ainsi, le chef de l’État projette de créer un régime de retraite universel dans lequel tous les actifs seraient soumis aux mêmes règles quel que soit leur statut (cadres, fonctionnaires ou encore auto entrepreneurs). Cela signerait la fin des régimes de retraites spéciaux, comme c’est le cas pour la SNCF, la RATP, les militaires, ou encore EDF.

Dans ce système unique, les cotisations des citoyens seraient comptabilisées en points et non plus en annuité, comme c’est la cas actuellement. C’est là le gros point d’achoppement des syndicats avec le gouvernement.

 Le système tel que l’imagine M. Macron serait que chaque cotisant dispose dès son entrée dans la vie active d’un « compte virtuel » sur lequel est versé un « capital virtuel » tout au long de sa carrière. Puis, au départ en retraite, celui‐ci serait transformé en pension réelle en fonction de facteurs multiples.

« Dans ce type de régime, tous les ans il faudra fixer une valeur de points. Et dans ce que dit M. Delevoye lors des consultations syndicales, c’est que ce calcul s’opèrera en fonction des équilibres économiques et financiers de l’année en cours, explique Philippe Pihet (FO). En résumé, « lorsque vous prendrez votre retraite, vous ne saurez pas quelle valeur auront vos points accumulés pendant vos années d’activité ».

« Système dangereux »

Échaudés par la hausse de la CSG et la désindexation de leur pension (0,3% cette année) les retraités sont en colère. « Ce qui vient de se passer nous laisse bien mal augurer de ce qu’il va se passer à l’avenir. La crainte c’est que le pouvoir d’achat des retraités diminue encore », confie Michel Salingue, secrétaire général de la fédération générale des retraités de la fonction publique (FGR‐FP).

Des points d’ombres subsistent quant à la mise en place de ce système par points, notamment en ce qui concerne les fonctionnaires qui verraient leur pension évaluée à la baisse par rapport à leur régime spécial. Les inquiétudes se font sentir également sur l’indexation des pensions du côté des retraités, sujet sur lequel le Haut Commissaire chargé de la réforme des retraites, reste discret.

« C’est un système dangereux », prévient Michel Salingue. « Ce qui me fait réagir, c’est la déclaration de Jean‐Paul Delevoye, lorsqu’il dit que la part des richesses consacrée aux retraités restera la même – aujourd’hui, les retraités représentent 14 % du PIB. Le hic, c’est que la part de retraités va augmenter d’ici à 2030. Si la part de richesse qui leur est consacrée stagne, alors leurs revenus diminueront », s’inquiète le syndicaliste de 70 ans.

Fragile confiance

La CFDT et l’UFR (union française des retraités), eux, sont favorables au projet de reforme tel qu’il était présenté par Emmanuel Macron. « Cela va rassurer la jeunesse », estime Christian Bourreau, président de l’UFR. « Ce type de régime unique va permettre aux gens d’avoir une vision plus clair de leur retraite », ajoute‐t‐il.

Concernant d’autres réformes du gouvernement envers les retraités, l’UFR se dit « vent debout, furieux et scandalisé ». Cependant Christian Bourreau garde un léger espoir en son candidat de 2017 pour qui il a voté. « Le régime universel ça nous vas bien, c’est ce que nous revendiquons depuis dix ans. Nous avons tout de même quelques réserves, notamment sur la baisse des pensions », conclut‐il.

Retraites à points en Europe

En Europe, plusieurs pays ont déjà adopté où sont en passe d’adopter le régime de retraite en points. En 1992, l ‘Allemagne est procureuse. L’Italie suit, en 1995, mais à du mal a changer de régime tant l’enjeu est important. D’ailleurs, la transition entre le régime pratiqué avant 1995 et celui instauré après 1995 est toujours en cours.

Enfin, après 13 ans de concertation nationale la Suède adopte le système de retraite par points. Mais, de nombreux points de crispations subsistent, notamment autour de l’âge de départ à la retraite.

© Pauline Comte