Handicap : « jouez comme vous êtes » à la Paris Games Week

La Paris Games Week a lieu du 26 au 30 octobre à Paris. Pour la première fois, le salon annuel du jeu vidéo met en place le pôle « Jouez comme vous êtes », dédié à l’accessibilité des personnes en situation de handicap. On a suivi le gamer Guillaume Degorgue à bord de son fauteuil roulant, dans les allées bondées du parc d’exposition de la Porte de Versailles. L’idée ? Mieux comprendre les difficultés auxquelles il se heurte et les solutions mises à sa disposition.

« Certains jours, je peux jouer cinq heures d’affilée ! » Guillaume Degorgue, 26 ans est un fou de jeux vidéo. Pour rien au monde, le jeune homme originaire du Nord n’aurait manqué le salon de la Paris Games Week, qui se tient à Paris du 26 au 30 octobre. Toutefois, atteint d’une amyotrophie spinale, certaines parties de jeu sont plus difficiles que pour la majorité des gamers. Entre les stands de Fortnite, Pokemon ou encore Republic of gamers, ce fan de jeux d’aventure a déambulé dans les allées, à l’aide de son fauteuil roulant, prospectus à la main, à la recherche de solutions pour jouer plus facilement. 

Ça bouge doucement 

Des étoiles plein les yeux, Guillaume Degorgue s’arrête net devant le stand du jeu de survie américain Fortnite, en donnant un coup d’œil dans son rétroviseur. Ici, des visiteurs se jettent au moyen d’une tyrolienne d’un bout à l’autre de l’espace, sous les applaudissements de la foule. « J’adorerais jouer en ligne, mais sur l’ordinateur, je mets quatre secondes pour faire un demi-tour avec la souris, alors qu’une personne valide le fait en une seconde seulement », explique-t-il, en regrettant de ne pas avoir accès aux jeux basés sur la rapidité et la compétition.

Les aficionados de Fortnite se prennent au jeu sur le stand de la Paris Games Week. © Pauline Comte

Même topo pour les jeux en réalité virtuelle (VR), qui engagent beaucoup le corps et excluent de fait des personnes touchées par un handicap moteur ou mental. Frustré de ne pas pouvoir expérimenter, le gamer s’inquiète aussi de voir les jeux en VR se développer et isoler davantage les personnes handicapées.

Les visiteurs se pressent autour des animations du stand de Playstation VR. © Pauline Comte

Lancement de goodies aux visiteurs, musique à fond, néons et lumière bleutée. Au stand démesuré de Playstation VR, l’intuition de Guillaume Degorgue se confirme. Les personnes handicapées n’ont pas vraiment leur place même si le personnel d’accueil se félicite de leur éviter la file d’attente et d’avoir « embauché des handicapés dans le staff de l’équipe ». Jusqu’ici, rien de très remarquable et côté expérience de jeu, personne au salon n’est en mesure de dire si l’accessibilité à la VR est dans les tuyaux du géant japonais.

A fond les manettes

Loin de la frénésie visuelle et sonore et du show des éditeurs qui « pèsent » dans le monde du jeu vidéo, Guillaume Degorgue se dirige avec enthousiame vers le pôle accessibilité « Jouez comme vous êtes », pour découvrir de nouveaux outils de jeux. Le mordu de gaming manipule difficilement les manettes, qu’il trouve trop lourdes. Pour éviter de se fatiguer, le jeune homme a son astuce : il se sert de la manette steam controller, constituée de deux boutons tactiles.

Aucune manette n’est conçue directement pour les personnes à mobilité réduite, il s’agit uniquement d’adaptations de manettes existantes. Seule exception : la manette Nintendo mise au point dans les années 1990 et « tombée désormais dans l’oubli », déplore Guillaume Degorgue. Cela consistait à souffler dans un tube et à utiliser le menton pour actionner le joystick.

Pour pallier ce manque et mettre tous les joueurs sur un pied d’égalité, l’entreprise française Handigamer présente des manettes conçues sur-mesure, adaptées aux joueurs handicapés. Sur le stand, les publics se mélangent, s’emparent des manettes et se défient ensemble à Fifa. « Le jeu vidéo est un facteur de lien social et un palliatif à la douleur et à la dépression », explique Théo Jordan, étudiant tétraplégique, qui se déplace en fauteuil roulant et contribue au développement des manettes Handigamer.

Théo Jordan (Handigamer) teste les manettes adaptées et participe à leur développement. © Pauline Comte

Depuis un an, 35 adaptations ont vu le jour : joystick utilisable avec une seule main, boîtiers type jeux d’arcade et boîtiers modulables à partir de la dernière version de la manette Xbox. Chaque adaptation coûte entre 250 et 300 euros.

Handigamer a mis au point un boîtier avec des boutons plus maniables, sur le modèle des bornes d’arcade. © Pauline Comte

Pour s’orienter dans la galaxie du jeu vidéo, Guillaume Degorgue peut compter sur l’association Cap game, créée en 2013. Recenser le matériel existant, tester les jeux et travailler avec des éditeurs de jeux vidéo, comme Ubisoft, font partie des missions de la dizaine de bénévoles. Elle est « à la pointe de la technologie », selon le jeune homme. Avec optimisme et humour, il ajoute : « tant que je peux tenir ma manette et ma souris, ça roule ! ».