Irlande : Suppression du délit de blasphème, oui ou non ?

Quelque 3,2 millions d'Irlandais étaient appelés aux urnes ce vendredi pour élire leur président et se prononcer par référendum sur la suppression du délit de blasphème dans la Constitution.

 

 

Ce texte interdit « la publication ou l’énonciation de sujet blasphématoire, séditieux ou indécent », et prévoit des infractions « qui doivent être punies par la loi ». Avant passible d’une peine de prison, le blasphème est depuis 2009 puni d’une amende de 25 000 euros. Sa suppression est surtout symbolique, le texte n’ayant jamais donné lieu à une condamnation.

D’après les derniers sondages, 51% des Irlandais souhaitent la suppression du délit de blasphème, 19% y sont opposés et un quart serait indécis. Les résultats sont attendus samedi soir ou dimanche matin. Après les référendums sur le divorce, le mariage homosexuel et l’avortement, la question du blasphème marque la prise de distance de l’Irlande avec sa forte tradition catholique.

Le délit de blasphème en Europe

Au sein de l’Union européenne, sept États membres considèrent toujours l’offense à la religion comme un délit dans leur législation, sans pour autant employer systématiquement le terme de « blasphème ». En Allemagne, par exemple, le Code pénal (article 166) sanctionne de 3 ans de prison ou d’une amende « l’insulte aux croyances religieuses ». En Pologne, où 95 % de la population est catholique, l’article 196 du Code pénal interdit l’injure au sentiment religieux « par le recours à la calomnie publique d’un objet de croyance ».

Le droit italien réprime quant à lui « quiconque blasphème publiquement, par des invectives ou des paroles outrageantes contre la divinité » (article 724 du Code pénal). En France, le délit de blasphème n’existe plus depuis 1881, sauf en Alsace‐Moselle, où il a été définitivement abrogé en 2016, sous l’impulsion de l’Observatoire de la laïcité, suite aux attentats de Charlie Hebdo.

En Europe, ces lois punissant l’injure à la religion donnent cependant rarement lieu à des condamnations. La plupart du temps, le droit à la liberté d’expression s’oppose à l’application de ces textes.

Pauline Coiffard