Violences dans les écoles : encore un plan pour rien ?

Une semaine après l’affaire de l’enseignante braquée par un élève à Créteil, les ministres de l’éducation et de l’intérieur ont annoncé un nouveau plan d’actions qui prévoit plus de sécurité aux abords des établissements. Cette mesure est loin de faire l’unanimité parmi le personnel de l’éducation nationale. 

La réponse sécuritaire, ce n’est pas la priorité. Pour Maurice Dirieux*, proviseur adjoint d’un grand lycée de l’académie de Créteil, penser que la présence de forces de l’ordre peut changer quelque chose « est complètement absurde, illusoire ». Il dénonce une surréaction du gouvernement face à la pression médiatique et parle de « poudre aux yeux ».

Vendredi 26 octobre, après une réunion avec Jean‐Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a indiqué qu’il n’excluait pas « la présence physique des forces de l’ordre dans les établissements », notamment « dans les quartiers les plus difficiles ». Il faut que « l’école soit un endroit sanctuarisé, protégé, que nos enseignants soient protégés et que nos élèves soient aussi protégés de ces violences inacceptables » a‐t‐il insisté. Ils ont proposé le 12ème plan contre les violences à l’école en l’espace de 20 ans.

Sanctionner les violences faites aux professeurs

« Le gouvernement est complètement à côté de la plaque » déplore Laeticia Faivre, secrétaire générale du syndicat SNES FSU‐Paris, avant d’ajouter : « Il y a déjà bien assez d’outils présents dans la règlementation ».  La réponse qu’elle attendait, c’était surtout le rappel d’un certain nombre de règles aux chefs d’établissement et au rectorat pour que les sanctions contre les violences faites aux professeurs soient véritablement appliquées. Elle dénonce le management actuel dans les établissements scolaires et souligne la nécessité de rétablir la confiance entre les enseignants et leur hiérarchie.

Après la diffusion de la vidéo de la professeure braquée à Créteil, de nombreux enseignants ont réagi pour révéler les actes malveillants qu’ils ont pu subir. Le hashtag « pas de vague » a ainsi vu le jour. Son but : dénoncer les agressions physiques ou verbales qui n’ont pas été suivies de sanctions de la part du chef d’établissement, du conseil de discipline ou du rectorat, et témoigner de la culture de l’omerta dans les établissements scolaires.

« Je n’ai jamais reçu la consigne de fermer les yeux » assure Maurice Dirieux, proviseur adjoint. Il ne conteste pas les sensibilisations de sa hiérarchie sur l’idée que l’exclusion « n’est pas une fin en soi », tout élève étant « éducable ». Les exclusions et sanctions ne sont pas une fatalité. Pourtant, les décisions sont parfois mal comprises par les enseignants. Il prend pour exemple l’histoire d’un jeune garçon qui avait enfermé sa professeure de sport. Souffrant du syndrome d’Asperger, il n’avait pas été puni. « Les sanctions doivent se faire au cas par cas » confie‐t‐il.

Un meilleur accompagnement

Pour lui, la seule façon de régler le problème de la violence, c’est de la prévenir. Une crise comme celle qui a eu lieu à Créteil aurait dû être anticipée. Avant que la situation ne dérape, le professeur doit demander de l’aide à son chef d’établissement. Le proviseur adjoint regrette que certains n’osent pas parler de leurs problèmes de peur d’avoir honte devant leur hiérarchie. Enfin, il admet la nécessité de mieux accompagner les professeurs dans l’exercice de leur fonction. Beaucoup se reconvertissent dans l’enseignement après être passés par le privé et sont « jetés en pâture devant les élèves », sans formation.

Les organisations syndicales demandent également un meilleur suivi des élèves et une réévaluation des moyens. Elles dénoncent la suppression de 2600 postes dans le second degré. Pour la FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants, baisser les effectifs dans les classes aide à gérer les tensions. Sall Hawa, syndiqué à l’UNSA et CPE dans un lycée professionnel à Saint‐Denis, souligne la nécessité de réintroduire la mixité scolaire dans les réseaux d’éducation prioritaire. Pour elle, il faut plus de moyens dans les zones difficiles où les violences sont légion. Surtout, il faut réfléchir à l’échelle des territoires, car la violence des jeunes ne trouve pas sa racine à l’école, mais dans la société.

 

*Pour des raisons de confidentialité, le nom a été modifié.